Le coin DVD par Gérard CAMY
DVD 1 : L’Argent de Marcel L’Herbier (1928) avec Pierre Alcover, Brigitte Helm, Mary Glory.
Une guerre secrète oppose Nicolas Saccard, directeur de la Banque Universelle, qui ne vit que par et pour l'argent et le banquier Alphonse Gunderman. Ce dernier parvient à empêcher une augmentation de capital pour l’une des principales affaires de Saccard qui est alors considéré comme ruiné. Délaissé par le monde de la bourse, il prépare sa revanche et se met à financer les recherches de Jacques Hamelin, un aviateur voulant exploiter des terrains pétrolifères en Guyane...

Marqué par les tendances avant-gardistes des années 20, ce grand classique du patrimoine français s’inscrit dans la lignée des plus grandes réussites formelles de l’époque avec Le Cuirassé Potemkine de Serguei Eisenstein, Metropolis de Fritz Lang (dont L’Herbier emprunte la comédienne Brigitte Helm) et Napoleon d’Abel Gance. Le cinéaste donne aux prises de vues en mouvement une ampleur impressionnante, une constance remarquable, une inventivité permanente et une ingéniosité de tous les instants, imposant un rythme en parfait accord avec le portrait acerbe d’un homme d’affaires cupide, avide de possession et de pouvoir, enveloppé dans ses manœuvres financières délictueuses. Pierre Alcover est absolument extraordinaire dans le rôle de Saccard. Transcendant son personnage, il emplit l’écran de sa présence, de ses dérives psychologiques et amoureuses. Pensant pouvoir tout acheter, Saccard n’entretient des rapports humains que par le biais de l'argent et apparaît progressivement à la fois comme le rouage d’une machine économique et comme une personnification de l'Argent. Dans cette brillante adaptation, L’Herbier, loin de suivre les préoccupations naturalistes de Zola ou de se livrer à une attaque en règle de la société capitaliste préfère brosser le portrait d’un grand fauve humain obsédé dans une société décadente. Une immense réussite autant esthétique que scénaristique.
DVD 2 :
Autour de L'Argent : Presque aussi réputé que le film lui-même, ce formidable documentaire d'époque réalisé par le cinéaste Jean Dréville retrace le tournage du film de Marcel L'Herbier et nous permet de découvrir l'envers du décor, les exploits techniques (travellings partant du plafond de la Bourse,…)… Témoignage précieux sur un tournage du cinéma muet, ce film passionnant nous révèle, outre les différents aspects du tournage (éclairage, mouvements de caméra, décors, etc.), le budget digne d’une superproduction et quelques anecdotes étonnantes. Et puis, ce documentaire permet de rendre un vibrant hommage au travail de L’Herbier et à toute son équipe. Exceptionnel.
Marcel L'Herbier poète de l'art silencieux : Réalisé par Laurent Véray, ce documentaire évoque la vie du cinéaste à partir d’images d’archives et d’interviews, d’anecdotes. Intéressant mais moins original que le film de Dréville.
Les Essais des acteurs (17'05) montre les castings effectués par le réalisateur pour son film.
Accompagner le cinéma muet
Une courte présentation de la musique en salle au temps du cinéma muet jusqu'au début des années 30, puis Jean-François Zygel explique, démonstration au piano à l'appui, les différents manières d'illustrer musicalement un film muet, du décor sonore au contrepoint en passant par l'illustration psychologique des personnages ou dramaturgique de l'action. Une très belle explication.
La scène de la Bourse avec et sans bruitages d'époque
Ce dernier supplément permet de voir la séquence de la Bourse et de l'aviation avec le mixage sonore prévu et utilisé par le cinéaste lors de la sortie en salle du film le 25 décembre 1928. Cela permet d'apprécier le film tel que les spectateurs de l'époque l'ont vu, puisque cette séquence a été fort justement laissée dans la continuité musicale de l'accompagnement de Jean-François Zygel pendant le film (DVD 1) c'est-à-dire sans bruitages.