| Ecrit par Marie Giffard,
le 14-08-2008 01:00
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Le film au casting de stars s’appuie sur un scénario réduit à sa plus simple expression. Autour des souvenirs d’une mourante, trois femmes s’interrogent sur la vie. Les détails d’hier font le futur et changent une vie entière
Au crépuscule de sa vie, une femme de 65 ans, atteinte d’un cancer délire dans son lit. A son chevet, ses deux filles l’écoutent parler d’un certain Harris, sans trop comprendre. En vérité, Ann raconte un évènement crucial de sa jeunesse qui a marqué sa vie entière. Entre confessions d’une histoire d’amour impossible et d’un meurtre involontaire, les femmes se retrouvent confrontées à leur passé pour l’une, au présent et à l’avenir pour les autres. Le film réunit un casting de choix sur plusieurs générations : Glenn Glose (Les liaisons dangereuses, Mars attack), Toni Collette (Sixième sens, Little Miss Sunshine), Claire Danes (Roméo + Juliette) et Patrick Wilson (Le fantôme de l’opéra) donnent du relief à ce scénario épuré. Deux mères et leurs filles à la ville se retrouvent à l’écran. Ainsi Vanessa Redgrave (Marie Stuart, reine d’Ecosse), qui interprète le rôle de la mourante, est la mère de Natasha Richardson (Coup de foudre à Manhattan) dans le film comme dans la vie. De même, Mammie Gummer qui joue Nina, l’amie d’Ann quand elle était jeune, est la fille de Meryl Streep (Out of Africa, Le diable s’habille en Prada) qui incarne Nina, 40 ans plus tard.
Un film à deux vitesses
Pasion al atardecer aborde la question du souvenir et de son usage rétrospectif. Y a-t-il des leçons de vie ou des morceaux d’existence que nous ne saurions analyser que très longtemps après ? Les allers-retours entre le présent (la malade calfeutrée dans son lit) et le passé (le week-end du mariage de Nina, puis les débuts d’Ann comme mère) mettent en évidence les contradictions de la vie. La jeune Ann, insouciante, assoiffée d’horizons lointains, finit enfermée dans une chambre, et Nina, terrorisée à l’idée de se marier avec un homme qu’elle n’aime pas, apparaît comme une grand-mère épanouie, regrettant son défunt mari. L’histoire se déroule dans un univers binaire : à l’alcôve de la maison de la malade, à l’atmosphère feutrée et féminine, s’oppose la demeure du temps passée, remplie d’invités, installée au bord de la mer, en haut d’une grande falaise. Le vent de liberté qui soufflait sur la jeunesse dorée de Nina et d’Ann est retombé un demi-siècle plus tard. Avec une grande finesse, Lajos Koltai (Etre sans destin) présente les contours des relations entre mère et fille et entre deux sœurs. L’enfant autrefois difficile est celle qui comprend le mieux sa maman aujourd’hui. Les non-dits, les instants volés et les angoisses enfantines ressurgissent au gré d’une discussion entre une femme délirante et son enfant bienveillante. Cette adaptation du roman de Susan Minot a le mérite d’intégrer le spectateur dans l’antre féminin, et de lui faire partager cette intimité. On regrette cependant l’alternance trop marquée des flashbacks. Le film aurait mérité un rythme plus régulier : la lenteur des scènes qui se déroulent à notre époque contraste un peu trop avec l’effervescence des années 1960. La mythologie du scénario, sur le thème de la fuite en mer, de la chanson de jazz "time after time" que l’héroïne chantait, d’un morceau de papier que l’on garde dans sa poche des mois durant, montre à quel point l’Homme s’attache à des détails pour dessiner sa mémoire et créer ses souvenirs. Marie GIFFARD. (www.lepetitjournal.com - Santiago) jeudi 14 août 2008
Pasion al atardecer (titre original : Evening) de Lajos Koltai, 1h57 Sortie le 14 août Notre conseil : à partir de 14 ans
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