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D’ici cinq mois, le désert d’Atacama accueillera plusieurs centaines de voitures, motos et camions pour un Paris-Dakar d’un tout nouveau genre. L’occasion pour nous de connaître l’opinion des habitants du désert au sujet de ce débarquement automobile sur leur territoire
A quand les embouteillages dans la valle de la luna ? (photo LPJ M.G.)
La trentième édition du Paris-Dakar aura lieu du 3 au 18 janvier 2009, pour la première fois en Amérique Latine. L’itinéraire France-Afrique a été déclaré trop dangereux après l’enlèvement de deux Français en Mauritanie et les menaces terroristes. Le Chili et l’Argentine accueillent à bras ouverts cet évènement automobile ultra-médiatisé. A bras ouverts ? Nous avons rencontré les habitants de San Pedro, village touristique en plein désert d’Atacama. Si le rallye ne passe pas cette année par San Pedro, mais par Copiapo, beaucoup plus au sud, les quelque 1.000 habitants du village s’attendent à voir arriver un jour les bolides. Le Chili a lui-même proposé d'accueillir la course lorsque l’édition 2008 a dû être annulée, et qu’il a fallu envisager un nouveau circuit. "C’est sûr que ça va être un grand honneur pour le Chili", reconnaît Valérie Silvestre, propriétaire d’un ranch dans la commune, qui modère : "Les cactus, les animaux, le paysage, tout va être touché d’une manière ou d’une autre". De son côté, Sandra Berna Martínez, la maire de San Pedro anticipe un futur passage par le village ultra touristique : "Nous étudierons la proposition, et nous ne dirons pas forcément oui. Le territoire atacamien est administré par la communauté indigène" insiste-t-elle. Alain Maury, astronome installé à San Pedro, lui regrette : "Les gens d’ici n’ont pas idée de ce que c’est, ils n’ont pas de conscience écologique, c’est en gros la France des années 1960". De même, Valérie Silvestre déplore ce manque de conscience environnementale "au niveau national".
Un désert fragile "Notre désert est fragile", c’est le cri du cœur des Atacamiens. La maire de San Pedro en tête : "Je ne connais pas très bien cette course, mais je sais une chose, notre terre est fragile, elle est composée de sel et de dunes, il faut la traiter avec un très grand respect". Alain Maury estime également que "l’endroit est super sensible, la moindre trace dure 50 ans…ici tout reste éternellement". Valérie Silvestre explique que "forcément, les paysages seront exposés". D’autres comme Loreta Sanchez Arnal, éleveuse de chevaux, admettent que l’Atacama est certes "sensible, mais après tout, le vent travaille à tout déplacer et tout remettre en place ailleurs, alors à quoi bon s’affoler ?". Le problème le plus inquiétant est la latitude des coureurs par rapport à l’itinéraire ; ils n’utilisent que très rarement les routes, et coupent au plus court. "C’est du hors-piste, et ces gars n’ont rien à faire de la nature !", s’emporte Alain Maury.
Une "menace" à étudier Sandra Berna Martínez aurait réclamé des garanties pour San Pedro si sa ville avait dû être traversée par le Dakar : "Nous demanderions une étude complète et des engagements". Certains préfèreraient que cela n’arrive jamais. "Je suis déjà bien contente qu’ils ne passent pas par San Pedro", ajoute Valérie, Française mariée à un Chilien. "Ce serait triste de voir disparaître ces coins de vie, ces p'tits bouts de paradis où on sent une fragilité incroyable", pointe Alain Maury. La plupart des habitants de San Pedro, peu au fait de cette course, sont tout de même séduits par la portée de l'évènement. Pour Alain Maury et les amis de la nature, la prise de conscience des locaux risque d’être longue et difficile. Marie GIFFARD. (www.lepetitjournal.com - Santiago) jeudi 31 juillet 2008 |