|
CRISE AGRICOLE - La campo gagne sur le terrain de la manifestation |
|
|
|
mercredi 16 juillet 2008 |
Hier, plus de 200.000 personnes ont répondu présentes à l’appel du campo, soit le double des manifestants rassemblés au même moment par le gouvernement. Aujourd’hui, le projet de loi sur les retenciones, qui divise le pays depuis mars, sera ratifié ou pas par le Sénat
(Monumento de los Españoles - Photo : Grégory Varagnol)
Sur le terrain des manifestants, le campo a visiblement réuni, hier, plus de suffrages que le gouvernement. Hier, au pied du Monumento a los Españoles, plus de 200.000 personnes se sont pressées à la manifestation de soutien au "campo" argentin. Dépasser les 100.000 personnes aurait été une franche réussite alors que le gouvernement rassemblait, au même moment, ce même nombre de manifestants sur la place du Congrès. Près du double s’était retrouvé, à une cinquantaine de cuadras du micro-centro, pour écouter les leaders de l’opposition au projet des retenciones à la veille du vote crucial du projet de loi par le Sénat. Le campo gagnera-t-il sur le terrain législatif malgré ce rassemblement impressionnant ? Les dirigeants agricoles espèrent faire pencher les sénateurs encore indécis. La presse argentine en recensait cinq mardi matin. Le vote, prévu aujourd’hui, va être extrêmement serré.
A la rencontre des porteños Il est 15h, au monumento de los Españoles. Hélicoptères tournoyant dans le ciel, odeur de barbecue, vendeurs omniprésents, musique entraînante, nous sommes au cœur d’une manifestation argentine avec tout son folklore populaire en ce jour d’hiver, chaud et ensoleillé. Les drapeaux et signes distinctifs des syndicats de chaque province ou ville occupent le sol, les ballons gonflables et les caméras de télévisions détiennent le monopole des airs. Organisée pour la première fois en plein Buenos Aires, la manifestation avait l’ambition de réunir les mobilisés de l’intérieur du pays avec leurs soutiens de Buenos Aires, qui s’étaient régulièrement manifestés lors de ces quatre derniers mois via une série de cacerolazos. La classe politique opposante s’était jointe à la foule aux forts accents chacareros. Le sentiment national est exacerbé: les couleurs du drapeau s’impose sur le public tandis que l’hymne argentin est repris en chœur.
Encourager la production ou mieux répartir les richesses Les leaders prennent alors la parole. Eduardo Buzzi, le président de la fédération agraire argentine et le plus populaire des dirigeant agricoles clame : "Le campo n’est pas rentable, ils nous prennent tout. J’appelle à la création d’une Argentine agro-exportatrice, celle dont a rêvé nos grands-parents où abondent les aliments pour tous les argentins”. Le discours fait mouche même au sein des classes urbaines argentines, plutôt présentes hier mais sans être majoritaires. A cinq kilomètres de là, l'ex président Nestor Kirchner accuse les grands propriétaires agricoles "de se refuser à être solidaires avec le peuple et la patrie. L'Etat doit mettre de l'équilibre". "En pleine crise alimentaire mondiale, le gouvernement Kirchner décourage l’investissement et la production agricole, analyse un spécialiste français de l’ambassade française, alors que le Brésil vient de prendre une série de mesures pour encourager la production, l’Argentine s’est engluée dans un conflit suicidaire". L’Argentine est le premier exportateur mondial de farines et d’huiles de soja, second pour le maïs, troisième pour les graines de soja et en quatrième position pour le blé. Les exportations de matières premières agricoles représentant la moitié des exportations totales du pays. Demain, les sénateurs ratifieront ou non le projet de loi qui vise à indexer l’impôt sur les exportations de ces produits sur les prix des marchés internationaux. C.B. et G.V. (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) mercredi 16 juillet 2008
|