Samedi : Santiago (17°) nuageux - Melinka (11°) pluies 1 euro = 861 pesos 1$US = 637 Chili-France -6 heures La religion fait partie de la culture, non comme dogme, ni même comme croyance, comme cri. Maurice Merleau-Ponty
Dans le cadre du forum sur l'immigration, l'intégration et l'identité, organisé conjointement par la Commission du Bicentenaire et l'Ambassade de France, mardi 8 juillet, le réalisateur franco-chilien Raul Ruiz était invité à répondre aux questions du journaliste Augusto Gongora
Raul Ruiz et Augusto Gongora (photo LPJ)
Dans une atmosphère très détendue et complice, Raul Ruiz s'est livré à l'exercice périlleux de l'interview publique, avec le journaliste de TVN, Augusto Gongora. Des étudiants en cinéma étaient également invités à participer à cet échange. Confortablement installé dans un fauteuil, sur la scène de la salle du centre culturel Matucana 100, il raconte son cinéma sans manquer d'humour. Cheveux blancs, costume et écharpe noirs, il fait partie de ces figures paternelles que l'on écoute et respecte. Malgré une carrière impressionnante (Dialogues d'exilés, L'Oeil qui ment, Klimt/...), il reste empreint d'une modestie sincère. Pour celui qui est originaire de Puerto Montt (Xème région), "le cinéma n'est pas une arme politique ni morale", sa vision en est plus pessimiste. Il concède cependant avec ironie que les films ont un pouvoir paradoxal, "Ils n'ont pas d'influence auprès des politiques et pourtant ils en ont auprès du public, et les politiques font partie du public". Réalisateur de 27 films, dont un récent opus éponyme dédié au peintre autrichien Klimt, il venait surtout présenter son premier long métrage, Dialogue d'exilés (1974). S'il est l'un des artistes chiliens les plus connus , c'est en France qu'il a mené sa carrière de réalisateur. Son premier film, restera donc comme le symbole de son oeuvre.
Ces exilés chiliens de France Suite au coup d'Etat militaire de 1973, il s'enfuit à Paris où il vit depuis, et filme ses amis intellectuels chiliens qui partagent son quotidien d'exilés politiques. Ce sera ce fameux Dialogue d'exilés. Loin de la mère patrie, ils sont confrontés aux démarches administratives à la française, compliquées et parfois incohérentes. Ils sont perdus, guidés par quelques camarades communistes, eux-mêmes dépassés par les évènements. Ces scènes et dialogues parfois cocasses, véritables miroirs de la France engagée des années 70, revêtent désormais une valeur historique. L'image de ces Chiliens barbus et désorientés, à la recherche d'un paradis intellectuel, semble d'un autre temps et confère aujourd'hui une pointe d'humour à ce documentaire-fiction. A l'époque le film n'a eu aucun succès ; si la curiosité pour le phénomène chilien séduit une frange de spectateurs engagés, la lenteur de certains plans et la faiblesse de la production feront fuir le grand public. Sans parler des Chiliens eux-mêmes, un peu vexés de se voir dans ce miroir. Raul Ruiz admet avoir été touché par cet échec relatif mais affirme avec une pointe de dérision: "Après tout c'était un film chilien, il était condamné à l'avance". Pour conclure, une personne de l'assistance lui demande s'il est conscient de l'influence de son travail sur la lutte pour la liberté d'expression sous Pinochet. Ce Parisien d'adoption, qui ne revient au Chili qu'en pointillé depuis la chute de la dictature, répond laconiquement : "le travail je l'ai fait, mais le résultat je n'ai pas pu le voir". M.C. (www.lepetitjournal.com - Santiago) jeudi 17 juillet 2008