| Ecrit par Soreasmey Ke Bin,
le 15-07-2008 00:00
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Déjà co-auteur d'un retentissant "La Chine sera t-elle notre cauchemar?", Luc Richard est le correspondant en chine de l'hebdomadaire Marianne. Dans "Pékin 2008 : Pourquoi la Chine a déjà gagné", Luc Richard s’attache à décrypter les enjeux réels des JO à venir et leurs conséquences sociales et humaines. Entretien.
Luc Richard sur un des chantiers du Parc Olympique de Pékin (Crédit: L.R.)
LPJ- A un mois de la cérémonie d’ouverture des JO, quelle est la situation sur place du point de vue des libertés publiques ? Luc Richard: Le Parti communiste chinois a utilisé les Jeux pour renforcer sa politique et son emprise sur le pays, il resserre donc son contrôle sur tous ceux qui pourraient contester son autorité. À quelques semaines des Jeux, toutes les personnes en mesure de tenir un discours critique sur l’évolution du pays sont en prison, assignées à résidence, ou bien ont reçu des menaces. Je parle ici de journalistes, de membres d’ONG ou d’avocats, pas de dissidents. Ces dernières semaines, la tension est croissante. Il y a quelques jours, le pays a été déclaré en quasi-État de guerre avec l’approche des Jeux. Les arrestations de terroristes, dont on ne sait rien si ce n’est que ce sont des terroristes, se multiplient. " Maintenant nous entrons en État de guerre ", ont affirmé certains dirigeants chinois. " Avec l’approche des Jeux olympiques, maintenir la stabilité, protéger l’harmonie sociale et s’assurer que les Jeux se déroulent sans problème et en sécurité est devenu une dure bataille que chaque département, à tous les niveaux, doit gagner ". C’est ainsi que les hauts dirigeants de l’Etat Parti chinois se sont adressés le 28 juin aux responsables locaux de tout le pays. Un responsable de la province du Sichuan est encore plus clair : " Notre objectif le plus fondamental est que zéro manifestant ne se rende à Pékin, zéro ne se rende à la capitale provinciale et qu’il y ait zéro pétition de masse ou incident de masse ".
LPJ- Les évènements au Tibet ont provoqué un refroidissement des relations franco-chinoises, qu’en est-il aujourd’hui ? L.R.: Comme vous pouvez le constater, l’annonce par Nicolas Sarkozy de sa présence à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques n’a pas apaisé la situation. Je pense aux menaces de représailles clairement exprimées par Kong Quan, l’ambassadeur de Chine à Paris, dans l’éventualité où le Président français rencontrerait le dalaï-lama en août prochain. Elles ont précédé de quelques heures l’annonce du Président français. Les autorités chinoises ont pris les atermoiements et hésitations françaises comme un signe de faiblesse. Elles entendent bien garder la main. Le Président chinois, Hu Jintao, distribue les bons et les mauvais points à Nicolas Sarkozy : " Monsieur le président a pris une décision correcte en décidant de se rendre à la cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques de Pékin. " Il ne faut pas s’y tromper : derrière les discours sur droits de l’homme et l’esprit olympique, les questions géopolitiques sont bien là, et la Chine sait très bien manier la carotte et le bâton avec nous. Elle a compris que la France était le ventre mou de l’Europe et ne ménage pas ses efforts pour nous faire fléchir. Le problème aujourd’hui est que la France n’a pas de politique chinoise. Où plutôt, on peut se demander si celle-ci ne se décide pas à Pékin.
LPJ- En quoi les Jeux Olympiques auront modifié la Chine et son approche de la communauté internationale ? L.R.: Au fond, son approche de la communauté internationale n’a jamais changé depuis les précédents siècles : sa perception traditionnelle est celle d’un empire central autour duquel s’organise le reste du monde. Mais, avec l’intrusion des puissances étrangères, au XIX ème siècle, avec les guerres de l’opium, les traités inégaux et son fléchissement durable, l’Empire du Milieu s’est retrouvé marginalisé. Jusqu’à récemment, l’histoire de cet abaissement nourrissait un double complexe de supériorité et d’infériorité chez les Chinois. Supériorité, car les Chinois ont conscience de l’ancienne prééminence de leur pays. Infériorité, car ils ont conscience que les faiblesses et la pauvreté du pays sont en décalage au regard de leurs ambitions. Si l’on s’en tient à la diplomatie chinoise, on peut parler de " multilatéralisme conditionnel ", expression qui définit bien la position de la Chine dans les instances internationales, et qui consiste à soutenir le multilatéralisme tant qu’il va dans le sens de ses intérêts. Ce qui est assez nouveau avec les Jeux c’est que la Chine veut maintenant parler d’égal à égal avec les autres puissances. Et comment nous le lui refuserions ?
LPJ- Avec le recul, fallait-il donner les JO à la Chine et son gouvernement ? L.R.: Je trouve qu’il est délicat de poser la question ainsi. Il faudrait déjà rappeler qui a soutenu la Chine au moment de sa candidature en 2001. Il y a d’une part, la volonté personnelle de José Juan Antonio Samaranch et de ses proches aux CIO. D’autre part, le poids des partenaires commerciaux, puisque les Jeux sont de plus en plus une question d’argent. Ceux-ci voient avant tout dans les Jeux olympiques un formidable moyen d’accès au marché et aux consommateurs chinois. D’autre part, il y a le formidable travail de propagande et de persuasion de l’État chinois. Celui-ci a littéralement acheté le vote de pays africains en promettant en échange des investissements dans leurs pays. Certains esprits naïfs ont pu être convaincu par certains arguments. Les autorités chinoises ont ainsi avancé que la Chine allait prendre le chemin de L’URSS et de la Corée du Sud (la perestroïka a succédé aux Jeux de Moscou, en 1980, et la dictature sud-coréenne a laissé place à la démocratie peu après les Jeux de Séoul, en 1988). Il vaudrait mieux pour l’avenir en retirer les leçons et comprendre une fois pour toute qu’avec la dictature chinoise les leçons et les belles paroles sont vaines, seuls comptent les rapports de force. Entretien réalisé par Soreasmey Ke Bin (www.lepetitjournal.com - Cambodge) Mardi 15 Juillet 2008
Luc Richard Pékin 2008, pourquoi la Chine a déjà gagné Mille et Une Nuits, 195 pages, 15 €.
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