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INTERVIEW - L'UPM par Senén Florensa, Directeur de l'IEMed
lundi 14 juillet 2008
En relation avec la rencontre des chefs des Etats adhérents au projet de l’Union pour la Méditerranée (UPM) hier à Paris, nous avons rencontré le directeur de l’Institut Européen de la Méditerranée (ieMed), Senén Florensa, basé à Barcelone
 Senén Florensa - Directeur de l'Institut Européen de la Méditerrannée (photo IEMed)
Elise Pinsson : Quel est le rôle de l’ieMed ? De qui dépend-il ?
Senén Florensa : L’ieMed, dont le siège est à Barcelone, est une institution de l’administration espagnole : du Ministère des affaires extérieures, du gouvernement autonome de Catalogne et de la ville de Barcelone. Elle travaille aussi avec des institutions européennes en réseau. Nous faisons toutes sortes de projets qui visent à améliorer la coopération entre les pays de l’Union Européenne et les pays du sud et de l’est de la Méditerranée, au point de vue politique, social, et judiciaire…

Dimanche, les pays adhérents au projet de l’UPM se sont rencontrés à Paris. Rappelez-nous ce qu’est l’UPM ? Quels sont les objectifs de cette Union ? Qui y participe ?
A l’origine de cette Union, il y a un projet assez différent, né en 1995 du traité de Barcelone, le partenariat euro-méditerranéen. Ce projet ne visait que les pays du pourtour méditerranéen.
Depuis le début, ce partenariat met en fonctionnement des projets (économiques, sociaux...) régionaux ou bilatéraux (entre le les pays du sud et de l'est de la Méditerranée).
Aujourd'hui le projet est devenu européen. L'UPM telle qu'elle a été nommée par le Conseil Européen, est donc une nouvelle étape, la continuation du partenariat euro-méditerranéen.
Avec l’UPM, il s’agit donc de renforcer le processus de Barcelone.

L’UPM aura plus de pouvoir que n’en avait le processus de Barcelone ?
Je pense qu’il y a deux choses qui sont très positives : la première, c’est que le processus est renforcé par le haut, politiquement, grâce à des sommets qui ne se réuniront plus tous les 10 ans, comme avant, mais tous les 2 ans. Ces sommets plus fréquents vont donner une impulsion aux affaires.
Aussi, les organes seront renforcés : maintenant, on a un comité permanent euro-méditerranéen (et un secrétariat des projets) qui siégera à Bruxelles, il y aura des représentants  de tous les pays de l’UE et du Sud.
Renforcement par le bas aussi. Comme il n’y a pas de financements supplémentaires, le secrétariat devra  identifier de nouveaux projets régionaux, pour attirer l’investissement privé et les financements d’institutions financières internationales. Ces projets régionaux structureront l’espace méditerranéen, par le bas.

Quels sont les pays qui participent à l’UPM ?
Maintenant que le projet est devenu un projet européen, il y a les 27 pays membres de l’UE, les 12 pays riverains de la Méditerranée qui étaient dans le partenariat Euromed. Et il faut ajouter les pays de la zone des Balkans (43 pays en tout).

Quels sont les moyens financiers prévus pour répondre aux objectifs de paix et de sécurité de l’UPM ?
Pour le moment, les ressources sont ce qu'elles étaient. L'Union Européenne apporte une contribution d'1 milliard d'euros, à titre de donation aux pays du partenariat euro-méditerranée. Et la banque européenne d'investissement prête quelques 2 milliards d'euros.
De ces fonds, 85 % sont destinés au volet bilatéral, autrement dit, les politiques suivies pour aider les pays à se moderniser. Et 15 % destinés aux projets régionaux.
C'est peu, même pas assez, mais je pense que cette nouvelle impulsion politique sera une valeur ajoutée et je ne doute pas qu'il y aura maintenant tout un développement, des politiques et donc des ressources.

Au niveau économique, qu'en est-il ? Quels sont les échanges, les contrats prévus ?
Le constat économique était que l'écart de pouvoir d'achat entre les pays d'Europe et les pays du Sud Méditerranée se creusait jusqu'en 2000, à cette date il y a eu un point d'inflexion très important, les écarts ont commencé à se réduire.
Aujourd'hui il y a de bonnes nouvelles, les investissements étrangers montent en flèche dans tous les pays de l’Est de la Méditerranée et tout spécialement dans les pays qui jouent le jeu de la modernisation, au travers du processus de Barcelone...  c'est un signe magnifique.
Les investissements qui augmentent le plus sont les investissements asiatiques et européens. Mais peu importe leur provenance. Ce qui important c'est qu'ils augmentent, il faut alimenter cela.
On a modernisé l’ambiance économique de ces pays, on a modernisé la douane, le système de formation professionnel, le système bancaire…
Après, si on parle des projets concrets envisagés pour le domaine régional : il y a l’assainissement de la Méditerranée, il y a le système d’énergie solaire, la promotion des autoroutes de la mer (routes à la fois sur terre et sur mer), ça, ce sont les projets qui doivent être préparés pour attirer l’investissement privé.

Question grand contrat, en France on a notamment entendu parler d'un échange uranium contre technologie ?
On n’en a pas parlé, le thème de l’énergie nucléaire est très développé en France, c’est le pays pionnier pour l’utilisation de l’énergie nucléaire mais dans beaucoup d’autres pays, il y a certains tabous. Ça passera certainement mais ce n’est pas présenté pour le moment ... Là, on parle d’énergie renouvelable et surtout d’énergie solaire.

Il y a peu, l’Union Européenne a adopté une politique migratoire commune basée sur celle proposée par le Président Sarkozy : « l’immigration choisie ». Est-ce que cette politique ne va pas à l’encontre de la politique des flux migratoires pensée au sein de l’UPM, de la recherche de l'équilibre Nord – Sud ?
Comme vous le savez, on est confronté a une situation compliquée en termes de flux migratoires parce que d’un côté, il y a une pression migratoire très forte venant des pays du Sud, non seulement des pays du sud de la Méditerranée mais aussi de l’Afrique sub-saharienne.
Il s’agit donc de faire en sorte que les gens qui viennent en Europe trouvent un travail, une manière de vivre et s’intègrent.
A l'origine, au 1er sommet euro Méditerranéen, il y avait trois piliers : économique, politique et social. Aujourd’hui, on ajoute de nouveaux piliers : l’immigration et le code de conduite anti-terroriste.

Pour ce qui est des deux politiques (la française et l'euro-méditerranéenne), elles ne sont pas différentes. On est dans l’espace Schengen, il y a des positions et des attitudes différentes mais ça, c’est la théorie parce que dans la pratique, il ne peut pas y avoir de politique différente ; lorsque quelqu’un arrive en Espagne, le lendemain, il va en France, il va où il veut…

Dernière question, la Libye ne participe pas à l’UPM et d’autres pays, à l’image de l’Algérie, ont mis du temps à adhérer au projet, quel est votre sentiment là-dessus ?
L'Algérie a participé dès le début au partenariat Euro Méditerranéen, elle était là en 1995 mais elle a pris des années pour signer le traité de l’Algérie avec l’Europe. Là, maintenant que le plan de travail est signé, il reste encore à le développer. Il n’y a rien de nouveau et c’est aussi explicable parce qu’ils ont leur propre avis politique, leurs propres ressources…
Pour la Libye, c’est plus difficile à expliquer mais il n’y a rien de nouveau non plus. Ils ont toujours eu une attitude différente. Ils sont assez réticents, quelque soit le partenariat avec l’UE. On reste donc dans la même situation, ils sont observateurs. Mais, on est en meilleurs termes aujourd’hui qu’il y a quelques années.

Propos recueillis par Elise Pinsson. (www.lepetitjournal.com – Barcelone) lundi 14 juillet 2008 
 
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Voir aussi:
- DIPLOMATIE – Union Pour la Méditerranée : mode d'emploi - (lepetitjournal International) - http://www.lepetitjournal.com/content/view/29221/204/
- POLITIQUE - UPM : Union Pour la Méditerranée (lepetitjournal Alexandrie) - http://www.lepetitjournal.com/content/view/29223/1291/
 
- “Barcelone, relancé par l´Union pour la Méditerranée” (PapersIEMed, nº 5) _ http://www.iemed.org/publicacions/paper5.pdf  
- Annuaire de la Méditerranée (Edición del IEMed y la Fundación CIDOB)  – www.medyearbook.com 
- “The euromed parternship” - http://ec.europa.eu/external_relations/euromed/index_en.htm


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