|
La Tunisie voulait profiter d'organiser le Sommet mondial sur la société de l’Information pour redorer son blason sur le plan des droits de l'Homme. C'est raté ! Pression sur les associations, agressions de journalistes étrangers... Le régime de Ben Ali brouille encore davantage son image
Le Président Ben Ali a assuré hier que la liberté d'expression était respectée en Tunisie (Photo : AFP) Plus de 15.000 participants, dont une soixantaine de chefs d’Etat et des chefs d’entreprise des cinq continents ; des thèmes d’intérêt mondial abordés sous l’œil des caméras du monde entier… Pour la Tunisie, le Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), qui s’ouvre aujourd’hui à Tunis, devait être l’occasion de soigner son image, en s’affichant comme un pays moderne, ouvert sur le monde et sur la technologie.
Il n’en sera rien. Ces derniers jours, de nombreux incidents sont en effet venus entacher la préparation du rendez-vous international et jeter un doute sur la légitimité de la Tunisie à accueillir un tel sommet.
Vendredi soir, le journaliste Christophe Boltanski, envoyé par le quotidien Libération pour enquêter sur les droits de l'Homme dans le pays, a été passé à tabac alors qu'il rentrait dans son hôtel. Lundi, une équipe de la télévision publique belge RTBF qui travaillait elle aussi sur cette question a été agressée dans la capitale tunisienne. Enfin hier, le ministère français des Affaires étrangères a fait état d'un nouvel "incident", impliquant cette fois la chaîne de télévision internationale francophone TV5... confortant le soupçon d'une campagne d'intimidation délibérée de la part des autorités tunisiennes.
Un sommet sur l’information… dans un pays qui en est privé
Les incidents sont venus apporter de l’eau au moulin des associations de défense des droits de l’Homme, qui dénoncent depuis toujours la tenue de ce sommet dans un pays où la liberté d’information reste un vain mot. Le gouvernement tunisien "compromet les chances de succès du sommet par une politique délibérée de violations massives des droits de l'Homme", a ainsi réagi l’IFEX, un réseau d'associations militant pour la liberté de la presse.
Le quai d’Orsay, d’ordinaire discret sur la question des droits fondamentaux en Tunisie, est également monté au créneau. "J'appelle les autorités tunisiennes à tout mettre en oeuvre afin que la liberté d'information et le libre exercice par les journalistes de leur métier soient garantis", a déclaré Philippe Douste-Blazy, le ministre des Affaires étrangères, qui a réitéré la demande française d’une enquête pour faire "la lumière" sur l’agression de Christophe Boltansky… Des déclarations qualifiées "d'inexplicables et inadmissibles" par le régime du président Ben Ali.
"Les journalistes accomplissent leur mission en toute liberté, contrairement à ce que certains cherchent à faire croire à l'opinion publique", ont affirmé les autorités tunisiennes, en assurant que la presse, en Tunisie, était "libre et pluraliste"… quitte à tendre la joue, encore un peu plus, aux critiques.
Valentin BONTEMPS. (LPJ) 16 novembre 2005
La fracture numérique et le contrôle de l’Internet au menu
Le sommet de Tunis, deuxième phase d'un sommet dont la première partie s'est déroulée fin 2003 à Genève, est organisé à l’initiative de l'Union internationale des télécommunications (UIT), qui dépend de l'ONU. La première réunion s'était conclue sans qu'aucune réponse concrète ne soit apportée aux deux enjeux phares du SMSI, à savoir l'élargissement de la gouvernance de l'Internet (toujours aux mains des seuls Américains) et les engagements des pays riches pour combler la fracture numérique. Lors du sommet de Tunis, les 170 membres présents devront donc reprendre à bras le corps ces différentes questions. Yoshi Utsumi, le secrétaire général de l’UIT, s'est dit hier "très optimiste", assurant qu’un accord pourrait être trouvé aujourd’hui ou demain. Les experts, en revanche, se montrent beaucoup plus circonspects sur une telle éventualité. (LPJ - 16 nov 2005)
Lire aussi
La Libre Belgique, Chasse aux journalistes étrangers
Libération, La France durcit, un peu, le ton
allAfrika.com, SMSI, tensions et hésitations à Tunis
Le Monde, Editorial : Sanctionner Ben Ali |