| Ecrit par Stéphanie PICHON,
le 03-07-2008 01:00
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Puisant dans l’œuvre de Jacques Demy, Christophe Honoré réinvente la comédie musicale dans un film touché par la grâce, "Chanson der Liebe" (Les Chansons d’amour). Entretien Autour de la Porte Saint-Denis, dans un Paris populaire et réaliste, trois êtres explorent les sentiments amoureux, la perte, la mort, la renaissance. Grave et espiègle, lumineux et pluvieux, ce film, sorti en France l’an dernier, fait surtout éclater le talent de l’acteur fétiche de Christophe Honoré, Louis Garrel.
A chaque fois que les personnages parlent de leur sentiment, ils se mettent à chanter. Est-ce plus facile de parler d'amour en chansons? Christophe Honoré : Dans mes précédents films j'avais du mal à représenter le sentiment amoureux. L'amour a été mille fois représenté, c'est un sujet convenu au cinéma. La possibilité de faire s'exprimer des personnages avec des chansons m'a permis d'affronter le sentiment amoureux de manière plus franche. La chanson permet d'atteindre au lyrisme et finalement d'éviter la mièvrerie.
Passer du parlé au chanté est un exercice difficile, qui n’est jamais loin du ridicule. Comment avez-vous procédé pour éviter cela ? Le grotesque fait partie de ce genre, la comédie musicale. C'est gentil de dire qu'on évite le ridicule, mais il y a quand même une ou deux chansons où on l'atteint ! Il y a effectivement ce moment délicat de 4 ou 5 secondes. Il faut que ça s'enchaîne de manière la plus fluide. J'ai travaillé sur le cadre et les dialogues qui précèdent les chansons sont aussi plus littéraires, pour qu'il n'y ait pas cette cassure dans le langage. J’ai aussi souvent filmé les comédiens de dos, au début des chansons. La musique, les textes occupent une place primordiale dans ce film. Elle est signée Alex Beaupain comme tous vos films. Comment cela s'est-il passé sur celui-là? Nous avons une carrière parallèle avec Alex. L'histoire des Chansons d'amour est partie d'une histoire personnelle que nous a touchés tous les deux. Alex avait déjà écrit dessus avant que je me mette au scénario. Puis certains dialogues du film ont été transformés en chanson. J'aime sa manière d'écrire, on se connait parfaitement, nous avons les mêmes références.
Il y a une autre personne importante dans votre parcours de cinéaste, c'est le comédien Louis Garrel, qui a joué dans tous vos films et qui là explose. Qu'est-ce qui vous plait tant chez lui? Il faudrait être aveugle en tant que cinéaste pour ne pas s'apercevoir qu'il est l'un des acteurs les plus doués, pour ne pas dire le plus doué de sa génération. La première fois que je l'ai croisé, c'était sur le tournage de Ma mère, il avait 20 ans. Depuis il y a une vraie complicité et une admiration qui s'est forgée au fil des films. Je crois que c'est quelque chose qui arrive à tous les cinéastes, vous croisez un acteur et vous vous apercevez qu'il correspond au style de tous vos films. Louis ressemble à mes films et mes films ressemblent à Louis. Et vous allez voir, il est encore incroyable dans mon prochain film La belle personne, qui sort en France le 17 septembre. Dans Les Chansons d'amour, il y a les scènes chantées, très travaillées, lyriques et puis il y a toujours Paris en arrière plan. Vous avez choisi de filmer le 10e arrondissement de manière très documentaire. Pourquoi? Il y a quelque chose de dangereux dans le genre comédie musicale, c'est le kitsch. Je déteste ça. Je voulais une comédie musicale très incarnée dans la ville. J'ai choisi le 10e parce que c'est l'un des rares quartiers de Paris où les gens travaillent dehors. Il y a des putes, des livreurs. Pendant le tournage on a essayé de laisser vivre le quartier le plus possible. Je m'aperçois après mes trois derniers films (Dans Paris, Les chansons d'amour, et Une belle personne, ndlr) que j’ai construit une trilogie qui fait le portrait, de l'amour, de la jeunesse et de Paris.
Chiara Mastroianni avec un parapluie qui se met à chanter... on ne peut s'empêcher de penser à sa mère, Catherine Deneuve, à Demy, aux parapluies de Cherbourg. L'hommage était inévitable ? Bien évidemment on ne peut pas évacuer que sa mère était dans les Parapluies de Cherbourg et les Demoiselles de Rochefort. Je trouvais plus intelligent de faire avec cette mémoire, de l'affronter. Mais je n'ai surtout pas pris Chiara comme une citation vivante de sa mère! Je trouve qu’elle est l'une des actrices les plus intéressantes en ce moment. Elle a une présence, une aisance, un mystère, une facilité à tourner tout en relativisant son métier d'actrice, comme son père. D'ailleurs elle tiendra le rôle principal dans mon prochain film dont on va commencer le tournage en Bretagne. Et il n'y aura pas de parapluie. Propos recueillis par Stéphanie PICHON. (www.lepetitjournal.com/berlin.html) jeudi 3 juillet 2008 Chanson der Liebe, de Christophe Honoré, avec Louis Garrel, Ludivine Sagnier, Corinne Hesme, Chiara Mastroianni. Musique Alex Beaupain. Extraits, musique et informations sur http://www.myspace.com/leschansonsdamour Sortie en Allemagne le 21 août.
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