| Ecrit par Stéphanie PICHON,
le 02-07-2008 00:00
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Dans le secret des vestiaires d'une piscine se tissent les mini-drames amoureux de trois adolescentes. Avec Waterlilies (Naissance des pieuvres), Céline Sciamma signe première œuvre au regard franc sur l'éclosion de la féminité et la fin de l'enfance. Le film clôture ce soir la 8e französische Filmwoche, au cinéma Paris Le monde cruel des adolescentes
Alice la boulotte, Marie la toute plate, Floriane la belle salope. Et une piscine. Dans le secret des vestiaires, les trois adolescentes glissent en douleur vers le monde adulte, explorant/subissant leurs premiers désirs sexuels. Un thème déjà maintes fois exploré au cinéma et un sujet casse-gueule quand on est une jeune cinéaste de 27 ans, tout juste sortie de la Femis. Mais Céline Sciamma s'en sort bien, en y mettant beaucoup d’eau autour et en plantant une caméra impitoyable dans un décor désincarné - on est quelque part en banlieue parisienne, dans un monde de rue piétonne, de pavillons et de parkings de boite de nuit. A l’image du ballet de natation synchronisé qui ouvre le film, la tempête se passe à l'intérieur de ces corps encore vierges dont on ne discerne pas à l'œil nu toute l'effervescence. Naissance des pieuvres nous donne à voir cet intérieur tourmenté.
Regard sans concession Marie, la maigrichonne aux allures d'enfant (qui n'est pas sans rappeler Charlotte Gainsbourg ado) concilie difficilement ses deux amitiés. D’un côté, Alice (réjouissante Louise Blachère) l'amie de toujours, excentrique, qui réclame encore des menus enfants au Macdo et n'assume pas vraiment son corps plantureux. De l’autre, Floriane, la lolita aux yeux bleus, longue jambe et poitrine avantageuse, celle qui brille au sein de son ballet de natation synchronisée autant qu'elle plaît aux garçons et aux hommes. Celle qui s'attire la jalousie des filles et le désir de Marie. Moues boudeuses, fous rires, secrets chuchotés. Les "clichés" adolescents sont là. Mais Céline Sciamma les déjoue en plaçant sa caméra aussi devant les soutiens gorge qu'on enterre, les angoisses devant la glace, un dépucelage très "médical" ou les crachats dans les bouches. Jusqu'à cet amour avorté et cruel entre Marie et Floriane. C'est cru, filmé avec détachement. Volontairement hors champ, le monde des adultes est absent, l’immersion en monde adolescent total. Très loin également les garçons, objets convoités aux centres des discussions, mais plus présents dans les fantasmes que dans la réalité.
La réalisation est mature même si parfois un peu poseuse témoigne d’un vrai ton, singulier et troublant. Ce film, déjà présenté à Cannes en 2007, était au départ un scénario pour le projet de fin d'étude à la Femis (école de cinéma à Paris). Le réalisateur Xavier Beauvois, membre du jury, a encouragé Céline Sciamma à sortir ce film et à passer derrière la caméra. La naissance d’une cinéaste ? Stéphanie PICHON. (www.lepetitjournal.com/berlin.html) mercredi 2 juillet 2008 Waterlilies (Naissance des pieuvres) de Céline Sciamma avec Pauline Acquart, Adèle Haenel et Louise Blachère. Le 2 juillet à 21h30 au cinéma Paris pour la soirée de clôture du festival, en présence de Céline Sciamma et des trois jeunes actrices du film, pour clôturer la 8e Französische Filmwoche. Deuxième diffusion le 3 juillet, à 21h30 au Filmtheater am Friedrichshain. C’est également le jour de sa sortie dans les salles allemandes.
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