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NECROLOGIE - Au revoir Monsieur Albert Version imprimable Suggérer par mail
mardi 01 juillet 2008

Albert Cossery est décédé. Ceux qui le connaissaient sont tristes, tout comme ceux qui l’avaient lu, volontairement ou par accident de librairie. J’avais la chance de le connaître et de l’avoir rencontré à plusieurs reprises dans ce quartier magique où il aimait à regarder passer sa vie avec la lenteur et la douceur d’un paresseux nonchalant

Tout a été dit depuis son départ discret et silencieux le 22 juin dernier. Son talent, sa paresse, son regard pétillant, ses déambulations dans le 6ème arrondissement, tout a été dit de ce que tout le monde savait de ce génie de l’amour. Par pudeur, je n’ai pas voulu mêler mes souvenirs personnels aux nécrologies de mes collègues, j’ai préféré attendre un peu pour parler de lui, tel qu’il était ou plutôt tel que je l’ai trop peu croisé.
J’ai la chance d’avoir partagé quelques conversations avec lui. Je m’apprêtais alors à quitter la France, mon pays, après avoir décidé de finir les quelques années qui me restent au soleil égyptien. Il y a déjà 5 ans.
Le plus surprenant chez ce magicien des mots, ce n’est pas sa paresse ni l’apologie qu’il en faisait, c’est sa méthodologie. Il était méthodique et avait un don pour l’organisation. Tout était clair et bien rangé dans sa tête. La richesse de la fainéantise est qu’elle vous oblige à être intelligent et organisé. Comment éviter de travailler de trop si l’on est désordonné et stupide. Pour être un vrai paresseux il faut être vraiment intelligent -la réciproque n’est pas vraie. Il était plus que cela, il était brillant.

L'Egypte, "le meilleur endroit pour mourir"
Quand je lui dis que je voulais bâtir ma pyramide dans son pays natal, il me dit simplement : "C’est le meilleur endroit pour mourir, les gens s’entraînent à cela toute leur vie là-bas".
Il aimait l’Egypte et les Egyptiens d’un amour platonique et puissant. Il n’avait pas besoin de plus de ces quelques séjours pour recharger en énergie ses réservoirs de sentiments riches et de nouvelles inspirations venues de ses concitoyens. Il savait trouver dans chacune des personnes qu’il croisait le côté le plus attendrissant. Même lorsqu’il se moquait de certains "petits chefs", la dérision, l’humour n’atteignait jamais les limites du cynisme et de la méchanceté. Il aimait profondément les gens, et les Egyptiens plus que tous les autres.
C’était une chance de passer quelques instants avec lui, attablés à un café, et de le voir accueillir avec une bonhomie et une affabilité qui pouvaient parfois s’apparenter à un léger cabotinage, tous les gens qui le reconnaissaient, et, qui, à ma grande surprise, étaient nombreux. Lors d’un jour faste en reconnaissance publique, il me dit  que tous ses lecteurs étaient ses amis, comme ses personnages, et qu’ils étaient un peu lui. "Imagine-toi que j’aie écrit dix fois plus de livres, je n’arrêterais pas d’embrasser, de serrer des mains. Tout ce temps perdu que je ne pourrais pas passer à ne rien faire".
Au revoir Monsieur Albert.
FdM (www.lepetitjournal.com – Le Caire – Alexandrie) mardi 1er juillet 2008

 
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