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Des dizaines de patients opérés sans motifs, plusieurs morts suspectes et des médecins accusés d'homicide volontaire et d'escroquerie. Le scandale de la clinique Santa Rita de Milan choque mais surtout interroge Clinique Sainte Rita surnommée "clinique de l'horreur" dans les medias italiens (Photo MM)
Le docteur Brega était un homme bien, du moins en apparence, selon ceux qui l'ont fréquenté de près ou de loin, et jusqu'à ses propres patients. Courtois, ses malades lui faisaient confiance, même quand il restait dans le flou pour expliquer les raisons de telle ou telle opération. Et en toute impunité il aurait effectué des ablations mammaires inutiles, coupé un morceau de poumon à l'un ou à l'autre et envoyé sur le billard des personnages âgées à répétition. La direction de la clinique et d'autres médecins sont aussi impliqués dans l'enquête, car ils auraient été au courant de l'activité débordante de ce chirurgien fou. La logique est simple : plus le diagnostic est grave et plus la région paye, selon les Drg* établis. Il s'agissait donc d'effectuer le plus d'opérations possibles, et de préférence les plus lourdes. Selon le bilan de 200 pages dressé par le parquet de Milan, ce sont plus de 90 personnes qui auraient été ainsi soumises à son bistouri. "Depuis mon opération au poumon", raconte Alfredo Scordo, 76 ans, au petitjournal.com, " je souffre d'asthme, je tousse, j'ai perdu ma santé de fer". Pourtant, quand les suspicions ont commencé à naître, la clinique a demandé aux patients du docteur Brega de signer une pétition pour protester contre la fermeture du service de chirurgie thoracique. Il fallait oser.
Le système sanitaire lombard mis en cause "L'Arsène Lupin de la chirurgie"** aurait sûrement continué son activité si certains contrôles n'avaient pas détecté des anomalies dans les chiffres de son servcice à Santa Rita. Mais son inculpation a également eu lieu grâce aux conversations téléphoniques interceptées entre lui et différents collaborateurs. Les conversations chocs entre médecins du service de chirurgie thoracique ont été publiées dans tous les journaux italiens. Pour certains, l'affaire de la clinique remet également en question le système sanitaire lombard, notamment en ce qui concerne la façon de gérer les établissements privés. Ce serait en effet le système des Drg qui aurait permis au médecin de remplir à l'excès les caisses de la clinique. La proposition d'un approfondissement des diagnostics par des économistes sanitaires a été évoquée. Maurizio Martina, segrétaire du Pd (Parti démocrate) en Lombardie, a affirmé que le scandale devait pousser la région à une réorganisation. Mais l'assesseur à la santé de la Lombardie, Luciano Brescini, affirme quant à lui que le système fonctionne, "et que comme dans tous systèmes il y a des escrocs". Selon lui, la découverte du scandale est même la preuve que "des contrôles existent". Par ailleurs, le Pdl (Parti de Silvio Berlusconi) a demandé que le cas ne soit pas instrumentalisé par les partis. En attendant la suite de l'enquête et les mesures qui seront prises à l'égard de leur établissement, dont la convention avec la région a été suspendue, les employés de la Santa Rita s'inquiètent. "800 innocents (pourraient) payer pour quelques criminels", comme il était écrit sur une banderole du mur de la clinique il y a quelques jours. Marie MALZAC. (www.lepetitjournal.com - Milan) Mardi 24 juin 2008 (Rediffusion d'un article publié lundi 23 juin)
* Diagnosi-relacted group : système de classification des hospitalisations pour des remboursements en fonction de la gravité du diagnostic et de la lourdeur des interventions ** Dans un sms intercepté, le docteur Brega a écrit "Quand ils découvriront ce que j'ai fait, ils m'appeleront l'Arsène Lupin de la chirurgie". |