| Ecrit par Alexandra Beugnet ,
le 20-06-2008 00:00
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Le débat sur l’avortement continue dans le Distrito Federal, plus féroce que jamais. La Cour Suprême de Justice a donc décidé d’écouter les différents camps et, le cas échéant, de changer la loi. Moment décisif dans l’histoire des mœurs mexicaines En avril 2007, l’Assemblée législative du DF a légalisé l’interruption de grossesse avant 12 semaines de gestation. Depuis, les instances religieuses et politiques n’ont eu de cesse de combattre la nouvelle loi, organisant manifestations, campagnes de publicité, forums et sites internet. Afin de montrer le plus de transparence possible, la Cour Suprême de Justice de la Nation (CSJN) a ouvert une série de 6 audiences pour débattre de la loi relative à l’avortement. Les deux camps s’y affrontent sans relâche et la dernière audience, le 27 juin, sera un moment décisif pour la nation.
Des statistiques alarmantes La légalisation de l’avortement au Mexique est une conséquence de statistiques très inquiétantes : les 5 dernières années ont été témoins de plus de 1.500 morts à cause d’avortements illégaux et presque un million de cas d’hospitalisation pour causes de complications. Les conditions dans lesquelles sont réalisés les avortements illégaux sont archaïques et hautement dangereuses. L’organisation The Council Population a élaboré une étude qui montre que les instances fédérales de santé publique économiseraient jusqu'à 20 millions de pesos grâce à la légalisation de l’avortement. En effet, 29 millions de pesos ont été investis dans le traitement des complications à la suite d’avortements illégaux. L’utilisation de méthodes modernes et de médicaments reviendraient à 9 millions de pesos par an. Depuis la dépénalisation, plus de 15.000 femmes ont eu recours à l’avortement légal. Parmi elles, une jeune fille a trouvé la mort en février 2008.
La réponse des opposants à la loi Pour répondre à la loi, les opposants s’organisent. Le 26 mai 2008, une grande manifestation a été organisée par les instances catholiques pour la défense du droit à la vie. Des personnalités influentes ont également élevé la voix pour lutter contre l’avortement. Parmi eux, Carlos Abascal Carranza, ancien ministre de l’Intérieur, se montre particulièrement véhément. Selon lui, la nouvelle loi est une blessure grave à la démocratie car elle détruit la responsabilité civile. Il assure qu’elle promeut le machisme et l’irresponsabilité des hommes. A ses côtés, Juan de Dios Castro, le sous-procureur fédéral des Droits de l’Homme affirme qu’elle viole le principe d’égalité entre l’homme et la femme. Récemment, un nouvel argument à été évoqué : selon deux chercheurs étrangers, les femmes ayant avorté souffriraient du "syndrome post-avortement" qui se traduirait par des dépressions, des cauchemars, des hallucinations, une plus grande tendance à l’addiction et au suicide. En réponse, des professionnels comme la psychologue Olivia Ortiz, ont expliqué qu’effectivement, les femmes ayant avorté souffrent de traumatismes, mais en aucun cas physiologiques : elles sont les victimes d’harcèlement moral et de maltraitance de la part de leur entourage ainsi que du personnel du ministère de la Santé. Car au Mexique, les femmes qui décident de mettre un terme à leur grossesse sont encore traitées de "meurtrières, pècheresses, égoïstes et irresponsables." Alexandra BEUGNET. (www.lepetitjournal.com - Mexico) vendredi 20 juin 2008
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