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Depuis quelques semaines, l’éthanol est montré du doigt comme la cause de l’inflation alimentaire mondiale. En plus de concurrencer l’agriculture alimentaire, il encouragerait la déforestation. Ces reproches, qui s’appliquent aux modèles américains et européens, sont infondés dans le cas de l’éthanol brésilien
Le Brésil roule à l'éthanol depuis les années 1970, un exemple à suivre ? © Laurent Guerinaud Photography
Quelques semaines après la parution de notre article Le Brésil, roi de l’éthanol !, Jean Ziegler, porte-parole de l’ONU accusait la production d’éthanol de "crime contre l’humanité". Bien qu’il soit plus ou moins revenu sur ses propos en précisant que la problématique brésilienne est différente, la balle a été lancée et le Brésil reste montré du doigt. La crainte est que la production d’éthanol se substitue à la production alimentaire. C’est effectivement le cas aux États-Unis et en Europe, où l’éthanol est produit, à grand renfort de subventions, à partir du maïs, du blé et de la betterave. Au Brésil, l’éthanol est produit à partir de l’alcool de canne-à-sucre, qui n’entre pas dans l’alimentation humaine. S’il n’y a donc pas de substitution directe, les accusations portent aussi sur l’utilisation de sols cultivables, qui devraient être destinés à la production alimentaire, et sur l’incitation à la déforestation de l’Amazonie pour planter de la canne-à-sucre. Là encore, c’est mal connaître le cas brésilien. En effet, en ce qui concerne la déforestation tout d’abord, il faut savoir que le climat de l’Amazonie ne convient absolument pas à la culture de la canne-à-sucre. Seules quelques plantations existent dans la région, développées il y a plus de 20 ans avec des subventions de l’état dans le but de dynamiser l’économie de la région. Sans subventions, elles n’auraient pas été rentables et n’auraient pas pu être créées. 90% de la culture de canne-à-sucre est concentrée dans le centre-sud du Brésil, et les 10% restant sont situés dans le Nord-Est, deux régions situées à plus de 2.500km de l’Amazonie.
1% des terres arables du Brésil suffisent à couvrir la consommation du pays en éthanol De plus, la canne-à-sucre s’étend principalement sur des terres dégradées sur lesquelles les cultures alimentaires sont difficilement envisageables. La canne-à-sucre assainit le terrain et impose ensuite une rotation de cultures régulière. 15% des terres destinées à la production de canne-à-sucre sont ainsi utilisées pour cultiver des haricots ou du soja. A l’échelle du Brésil, 3,6 millions d’hectares sont utilisés pour la production d’éthanol, soit 1% des 355 millions d’ha cultivables qui suffit à produire la moitié du carburant consommé par la pays (l’autre moitié étant répartie entre l’essence issue du pétrole, le gasoil et le GPL). Il reste de la place pour étendre les cultures dans la mesure où le Brésil ne cultive aujourd’hui que 20% de ses terres arables (72 millions d’ha). Ce n’est pas pour rien si en 2007, le Brésil a annoncé une production record, à la fois de produits alimentaires et d’éthanol. Pour finir, l’éthanol est accusé de polluer plus que l’essence, que ce soit à l’usage ou lors de sa production. Ce n’est pas le cas pour la canne-à-sucre, dont la productivité correspond à 9,3 unités produites pour 1 unité de carburant fossile utilisée (contre 1,4 pour le maïs, cf. notre article), et dont l’utilisation permet une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 90% par rapport à l’essence. Laurent GUERINAUD. (www.lepetitjournal.com - São Paulo) jeudi 19 juin 2008
Remerciements : Merci à la Mission Économique de São Paulo pour les informations fournies à l’occasion de la table ronde "Opportunités d'affaires au Brésil - secteur des biocarburants" organisée le 16 juin 2008.
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