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ROMAN - Judith Bernard : thèse, antithèse Suggérer par mail

Ecrit par Jean-Marc Jacob, le 19-06-2008 01:00

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On connaissait les brillantes décortications langagières de la chroniqueuse de feu Arrêt sur images. Docteure en linguistique, Judith Bernard raconte dans Qui trop embrasse, son premier roman, les affres de ses années de thèse. Une plongée cruelle dans l'animalerie universitaire

Les anciens fidèles de l'émission de Daniel Schneidermann, Arrêt sur images, le savent depuis longtemps : Judith Bernard est une jeune femme brillante et une observatrice acérée des phrases et tournures de nos contemporains.
Agrégée de Lettres, linguiste et spécialistes du théâtre, sa carrière universitaire s'est pourtant conclue par une cuisante déconvenue. C'est ce qu'elle entreprend de raconter dans Qui trop embrasse, un premier roman autobiographique, vif et caustique.
Ses années de thèse sont aussi des années d'exil. La Parisienne se voit proposer un poste à Lyon : quelques heures d'enseignement et la poursuite de ses recherches sur la mise en scène et l'art dramatique. Rien de bien méchant donc, voire une excellente occasion de changer d'air quand on a un homme à oublier.
Commencent en réalité au pied de la Croix Rousse, cinq ans de déprime et d'incommunicabilité totale avec sa directrice de thèse, la redoutable Madame Hamster, dîte L'hermine, un joli petit carnassier immaculé qui "égorge ses proies sans jamais souiller sa parure".

Ménagerie sans ménagement
Qui trop embrasse n'est pas le premier roman à mette en lumière la mesquinerie du milieu universitaire, mais il le fait avec l'énergie grinçante de la vengeance. Judith Bernard a visiblement des comptes à régler et a décidé d'y mettre les formes. De ce monde étroit et injuste, elle fait une ménagerie de conte philosophique. Chaque personnage y est affublé d'un patronyme animalier. Elle-même se rebaptise gaiement Juliette Canard, sans doute pour mieux se faire plumer et repartir boiteuse.
L'artifice, parfois un peu lourd, a le mérite de tirer le jeu de massacre du côté de la farce et d'alléger la douleur du souvenir. Au final, la jeune chercheuse ne sera pas saluée comme elle l'aurait mérité et sa carrière sera réorientée dans les lycées du 93. Un peu dur, mais le drame est relatif. Il est habilement croqué dans une langue qui passe de l'humour à des notations plus personnelles.
En amoureuse des planches, Judith Bernard invoque le physique avec beaucoup de force, émaille son texte d'odeurs corporelles, de cheveux douteux, de pulsions et de dégoût de soi assez troublants et souvent authentiquement subversifs.
Jean-Marc JACOB. (www.lepetitjournal.com) jeudi 19 juin 2008

Qui trop embrasse, Judith Bernard (Stock) 266 pages, 18,50 €.



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