Dans le centre de Barcelone, Albert
Serra nous reçoit chez lui, Léo Ferrer chante doucement dans le fond…
Le réalisateur catalan présente son dernier film Al cant dels ocells, sélectionné pour la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, et discute du travail avec ses amis et de cinéma !
 Comment a débuté votre carrière dans le cinéma ? Un
peu par hasard en fait… Je ne savais pas ce que je voulais faire, je
n’ai pas travaillé sur des tournages ni étudié le cinéma, j’ai étudié
la littérature espagnole puis la littérature comparée et c’est vers 23
ou 24 ans que j’ai fait un premier film amateur avec des amis de mon
village. On avait envie de sortir de la routine. Un été, avec 10.000
euros, on a fait un film. Après, j’ai eu envie de faire un vrai film et
d’avoir ma propre maison de production. J’ai réussi à convaincre un
mécène de nous financer en lui expliquant qu’on voulait faire un film
artistique et on a fait Honor de Cavalleria (sorti en 2006). Ce film a eu un certain succès en France, il y a peu il était encore projeté à Beaubourg à Paris.
Honor de Cavalleria relate les aventures de Don Quichotte, Al cant dels ocells conte l’histoire des Rois mages, pourquoi faire des films basés sur des légendes ? En
utilisant un mythe, je suis sûr que tout le monde connaît l’histoire et
comme ça, je peux me concentrer sur la pureté : regarder les paysages,
écouter les sons. L’histoire des Rois mages, on la connaît : ce sont
des pionniers, donc des hommes un peu fous, qui suivent une étoile pour
aller jusqu’à Jésus. J’aime le sujet de ce film parce que c’est un
sujet qui n’a rien à voir avec le monde d’aujourd’hui. Les histoires du
festival de Cannes, ce sont les mêmes que dans la vie : ce sont des
hommes comme nous, qui ont des problèmes, comme nous… On est dans
l’identification permanente avec ce type d’histoires. Dans mon film, il
n’y a pas de psychologie, c’est un film pur car les images sont pures,
on les aime d’un point de vue artistique et non pas d’un point de vue
émotionnel.
Dans Al cant dels ocells,
comme dans votre premier film, ce sont des acteurs non professionnels
(un ancien joueur de tennis, un ouvrier, la productrice…) qui jouent,
pourquoi ? Je déteste les acteurs professionnels ! Enfin,
hors écran, je les aime bien… Mais je suis un "puriste" professionnel,
je fais des découvertes à chaque fois, à chaque nouvelle
interprétation. C’est mon ambition scientifique de chercher
l’originalité, après la qualité bien sûr !
Vos deux films sont en catalan, c’est important pour vous ? Les
films sont en catalan parce que les acteurs sont catalans, c’était
naturel ! Je n’accorde pas tellement d’importance au fait que ce soit
en catalan… Je tiens juste à conserver l’intégrité artistique de mes
films : ils sont sous-titrés mais pas doublés. Je suis le seul à faire
ça, les autres réalisateurs les font doubler pour qu’ils soient
diffusés sur le marché espagnol.
Deuxième film réalisé, deuxième film sélectionné au festival de Cannes, vous étiez étonné ? Comment cela s’est-il passé ? La première fois à Cannes, j’y ai été en ingénu, c’était la fois de la vérité. La seconde, en mai dernier pour Al cant dels ocells,
était plus calculée, plus préméditée, plus efficace aussi, c’est comme
tout dans la vie, toutes les premières fois sont les meilleures ! Pour Honor de cavalleria,
j’avais vu qu’on pouvait s’inscrire, je l’avais donc fait et je l’avais
envoyé, comme ça… Apparemment ils avaient été surpris par l’audace et
l’originalité du film. Nous aussi on a été surpris, on savait que
c’était un bon film mais on ne pensait pas à Cannes… ! Pour le second,
c’est différent, on (avec ses amis, l’équipe du film) avait plus de
pression, il fallait qu’on garde le niveau pour retourner au Festival !
Au final, Cannes c’est très bien mais c’est bien plus dur ce que ce les
gens s’imaginent, ce sont les fêtes bien sûr mais aussi les relations
publiques, le marché du film…
Les cahiers du cinéma ont placé Honor de Cavalleria dans l’un des 10 meilleurs films de l’année 2007 et Les Inrockuptibles ont dit, à propos de Al cant dels ocells, que c’était "de loin le film le plus singulier du festival", ça vous touche ? Oui,
j’aime beaucoup parce que ce sont des publications prestigieuses mais
je suis responsable de mes films donc ça ne me touche pas plus que ça.
Les critiques regardent les gens qui les font ! Bien sûr, c’est un
honneur que certains critiques aiment mon film mais il ne faut pas y
accorder trop d’importance… Elise PINSSON. (www.lepetitjournal.com - Barcelone) mardi 17 juin 2008 Al cant del ocells, sortie en France décembre 2008/janvier 2009. Sortie en Espagne, septembre/octobre 2008.
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