| Ecrit par Gersende Delcroix,
le 16-06-2008 00:00
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Ils ont manifesté inquiétude ou désapprobation à l’égard de l’Italie : l’ONU, le Vatican, l’Europe, des ministres espagnols, etc. Les Italiens et leur gouvernement seraient devenus trop intolérants vis à vis des immigrés "Ils ont subi l’immigration, aujourd'hui ils vivent dans des réserves !", pouvait-on lire sur cette affiche de campagne de la Lega Nord, parti allié de la coalition de Sivio Berlusconi, aux dernières élections, et présent dans l'actuel gouvernement
"Xénophobe", "raciste", tels sont les qualificatifs dont l’Italie est affublée en ce moment par des militants politiques ou associatifs étrangers, mais aussi par les institutions internationales. Ce sont les mots même de la porte parole du gouvernement espagnol, Maria Teresa Fernandez de la Vega, récemment. A l'ONU, on se dit préoccupé par les politiques "xénophobes et intolérantes contre l’immigration irrégulière et les minorités indésirées" en Europe, en pointant du doigt l’Italie. Ces derniers jours, des Roms ont manifesté devant les ambassades italiennes à l’étranger pour dénoncer les attaques racistes que subissent les leurs sur le territoire italien. Pourquoi toutes ces préoccupations ? Il y a des faits, tout d’abord, signes d’une xénophobie ambiante. A commencer par le vote majoritaire des Italiens en faveur de la coalition de Silvio Berlusconi et de la Lega Nord, lors des récentes élections. Ces deux partis ont fait campagne sur la lutte contre l’immigration clandestine, le second étant connu pour son hostilité aux immigrés. (Cf leur affiche de campagne ci-dessus). Mais il y a plus préoccupant : les Roms, présents dans des camps bidonvilles, à la périphérie des villes italiennes, ont été attaqués à plusieurs reprises. En pleine nuit, par exemple, à la suite d'une tentative d'enlèvement d'enfant présumée, par une tzigane, des riverains sont venus détruire et incendier le campement dans lequel elle vivait, près de Naples. Conséquence de ces quelques attaques, les Roms italiens ont peur, ils abandonnent leurs camps et se cachent, quand d’autres fuient vers leur pays d’origine. Des manifestants roms, en Roumanie, reprochent au gouvernement italien de ne pas "condamner et sanctionner ces attaques", dans une lettre officielle. Et ce ne sont pas les seules manifestations racistes. A Milan, par exemple, des écoliers d’origine roumaine ne se présentent plus à l’école à cause des insultes et menaces dont ils faisaient l’objet à la sortie, ont révélé leurs professeurs italiens dans une lettre adressée à la ministre de l’Education, Maria Stella Gelmini. Les demandes de "titre de rapatriement" sont plus nombreuses que d'habitude, selon le Consulat roumain à Milan, cité par Il Corriere della Serra. "Il y a pleine convergence" entre l'Italie et la France, a dit Silvio Berlusconi, au sujet de la lutte contre l'immigration clandestine, lors de la conférence de presse commune avec NIcolas Sakozy, au sommet de la FAO, à Rome (Photo SF)
Critiqué, Silvio Berlusconi fait marche arrière Le territoire italien est également devenu un lieu plus risqué pour les clandestins, car, depuis quelques semaines, les contrôles de papiers sur les lignes de bus ou dans les quartiers d’immigrés se sont intensifiés. En effet, avec l’arrivée de Silvio Berlusconi au pouvoir, la politique anti immigration a tout de suite pris un tournant plus sévère. Un décret a été adopté en Conseil des Ministres dès le 23 mai instituant, entre autres, "l’aggravante di clandestinità" qui signifie qu’un clandestin, auteur d’un délit, sera plus lourdement condamné par la justice qu’un citoyen lambda, et créant des "commissaires extraordinaire pour l’urgence des Roms" dans plusieurs régions, afin de gérer le "problème" des campements bidonvilles. Mais ce n’est qu’un début, d’autres mesures plus sévères, contenues dans un projet de loi sur la sécurité ("pachetto sicurrezza"), seront soumises au vote du Parlement italien dans les prochains jours. Deux mesures ont sucité les critiques : "il reato di clandestinità" selon lequel tout clandestin pourra faire l’objet d’une expulsion* ou d’une peine de prison, sans avoir commis d’autre délit que celui de sa présence illégale sur le territoire. Et, pour les Roms, dont on ne veut pas mais qui sont néanmoins citoyens européens, une mesure prévoit que tout étranger devra prouver qu’il peut subvenir à ses besoins, sous peine d’être refoulé. Pourtant, ces propositions ne verront peut-être pas le jour ou du moins seront nuancées, car Silvio Berlusconi n’a cessé de faire marche arrière ces derniers jours. Ainsi, a-t-il surpris et mécontenté une partie de son camp, en déclarant de manière inattendue, lors d’une conférence de presse au sommet de la FAO, que, finalement, le "reato di clandestinità" serait peut-être retiré. Et il a révélé à des proches que, depuis l’élaboration de ce projet de loi, il a des doutes qu’il n’a pas encore "réussi à surpasser". Gersende DELCROIX. (www.lepetitjournal.com - Milan - Rome) lundi 16 juin 2008 *Expulsions : en Italie, jusqu'à maintenant, un clandestin était seulement expulsable dans des conditions particulières, par exemple s'il était l'auteur d'un délit ou d'un crime, contrairement au cas de la France, de l'Allemagne ou de l'Angleterre.
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