| Ecrit par Betty RUBY,
le 16-11-2005 23:00
|
|
Des caractères plus gros, des articles plus courts et plus de photos. Après Le Figaro, Le Monde se rhabille aussi aux couleurs de l’internet : la presse quotidienne tente de s’adapter aux nouvelles habitudes de lecture initiées par le web et les gratuits
Relooking ou baroud d’honneur ? (photo LPJ)
"Plus clair, plus simple, plus agréable" scandait Le Figaro à l’occasion de la sortie de sa nouvelle maquette début octobre. "Remettons les choses à leur place" tance Le Monde nouveau sorti mardi 8 novembre, dix ans après sa dernière refonte. Les grands quotidiens nationaux font donc peau neuve et ce n’est pas par simple souci d’esthétisme. C’est bien de leur survie qu’il s'agit.
Depuis quatre ans, l’érosion des ventes ne s’interrompt pas. Aussi, les journaux doivent tenter autre chose pour reconquérir le lectorat et les annonceurs partis vers d’autres supports. Pour exemple, quand le quotidien se vend à 324,000 exemplaires (moins 18% des ventes au numéro en trois ans) le site du Monde.fr est visité chaque jour par 800,000 personnes ! En plus de la télé et de la radio, les quotidiens gratuits ou les sites internet fournissent désormais de l’information gratuite en continu et en quantité. Le médiatologue Régis Debray prévoit d’ailleurs que d’ici cinq ans aux Usa et dix ans en Europe, internet sera le premier outil d’informations de masse. Pour exister, la presse papier est donc contrainte à proposer autre chose. Schwarzy en photo couleur, en bisou et en Une du Monde Étrangement, les deux nouvelles moutures montrent plus une adaptation aux codes de l’internet qu’une réelle refonte éditoriale. Ainsi, la maquette est plus aérée, les caractères plus gros, et les articles plus courts. On y trouve plus de photos (en couleur même pour Le Monde, voilà la révolution !), de jolies iconographies et de pleines pages de pub. Pourtant, les deux rédactions disent vouloir apporter plus d’analyses et le recul nécessaire que le temps réel ne permet pas. La Une du Monde du jeudi 10 novembre montrait Schwarzenegger embrassé amoureusement par sa femme. Une belle illustration du concept d’un "journal fiable, vivant, différent, surprenant, et gratifiant pour le lecteur" ? La presse papier, qui mesure à ses dépens combien le Net a bouleversé en profondeur les habitudes de lecture, tente de s’approprier ces nouveaux comportements. Elle s’inspire d’ailleurs de ce qu’elle développe en parallèle avec force et raison sur ses propres sites. Mais ce qui est jouable sur un écran est-il transposable sur du papier ? Betty RUBY. (LPJ) 17 novembre 2005
En savoir plus 3 octobre 2005 : le nouveau Figaro http://www.lefigaro.fr/dossiers/0310/ 7 novembre 2005 : un journal réinventé, par Jean-Marie Colombani http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-707210,0.html 21 novembre 2005 : L'Humanité fait sa petite révolution http://www.imedias.biz/presse/actualite-lhumanite-fait-sa-petite-revolution-4204.php
— "Une presse sans Gutenberg", un essai sur les liens entre journalisme et webjournalisme Dans un essai tout frais, le journaliste Jean-François Fogel et le président du Monde interactif Bruno Patino analysent l'évolution de la presse depuis la révolution internet. Ils expliquent que trois évènements récents ont d'abord changé la face de l’information en ligne avant de bousculer radicalement la notion même de journalisme. Le 11 septembre 2001 a montré que la toile n’était pas encore prête à réagir en temps réel. Les attentats de Madrid, en inventant l’iconographie interactive, ont rendu obsolète le monde de la photo. Et ceux de Londres en juillet dernier ont permis aux internautes de devenir eux-mêmes journalistes : en 24h, la BBC a reçu 20.000 mails, plus de 1.000 photos et 20 vidéos utilisables. Ce jour-là internet est devenu à la fois la source, la référence et le premier des instruments d'information. "Sur le réseau mondial, une presse neuve est née... Dans ce contexte, le processus de destruction et de recréation que traverse aujourd'hui la presse devient irréversible. Contrainte de réviser sa relation avec l'audience, elle n'entame pas un nouveau chapitre de son Histoire, mais bien une autre Histoire", constatent les auteurs de ce passionnant essai. — Une presse sans Gutenberg, Jean-François Fogel & Bruno Patino, Grasset (LPJ – 17 novembre 2005)
|