Samedi, 11 Février 2012
Comment se remettre de la mort de sa femme quand celle-ci, en choisissant de se faire exploser, a tuédes innocents ? L’histoire du Docteur Amine, un Israélien d’origine arabe est stupéfiante. En retournant aux sources du carnage, Yasmina Khadra livre avec L'attentat un roman très fort

Quand celle qu’on pense aimer se fait exploser les tripes entraînant avec elle celles d’une vingtaine d’innocents, il ne reste qu’effroi et stupeur. Après le succès des Hirondelles de Kaboul, Yasmina Khadra, l’auteur algérien le plus traduit dans le monde retourne aux racines de l’obscurantisme en s’attaquant au parcours des kamikazes avec son dernier roman, L'attentat.
Tout allait bien dans la vie d’Amine, un chirurgien réputéde Tel-Aviv néen Palestine avant de se faire naturaliser Israélien, jusqu’au jour oùil doit se rendre àl’évidence : sa femme chérie a bien tuédes enfants en faisant exploser une bombe camouflée sous sa robe de grossesse.
Comment survivre àl’idée que la kamikaze était sa propre femme ? Comment se remettre d’une telle radicalité ? Comment se positionner entre Israël et la Palestine ? Après l’incrédulitéet la colère, Amine va chercher les réponses làoùil pense les trouver : chez les fous d’Allah.
Comment comprendre ?
Yasmina Khadra s’est emparéd’un sujet faramineux d’autant plus fort qu’il le situe au cœur du conflit israélo-palestinien. En interrogeant les ressorts de l’identité, ceux de la non croyance comme ceux de l’éducation ou de l’intégration, il soulève de véridiques et actuels questionnements qui dépassent le conflit du Proche-Orient : pourquoi devient-on kamikaze ?
Si la grandiloquence de l’écriture peut lasser par épisodes, la force de L’attentat tient dans son thème et dans la psychologie du narrateur. Sans langue de bois, Yasmina Khadra dit les faits comme ils sont : ni noirs ni blancs, ni juifs ni musulmans. Une terre commune pour des espoirs différents.
Pour autant, la soif de savoir d’Amine, pas plus que sa colère ne l’aideront àcomprendre.

Peut-être n’y a-t-il rien àcomprendre ? Ou peut-être Khadra n’a-t-il pu dépasser les limites de la raison ?
Anne LAPIERRE. (LPJ) 11 novembre 2005

L’attentat, Yasmina Khadra, Julliard, 268p, 18€