| Ecrit par Stéphanie Pichon,
le 12-06-2008 00:00
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Dimanche, la Schaubühne présente Hedda Gabler, mis en scène par Thomas Ostermeier en version sous-titrée en français. L'occasion pour le jeune directeur du théâtre de poursuivre son exploration très féminine de l'œuvre d'Henrik Ibsen, après avoir monté Nora Photo. Arno Declair
La maison bourgeoise imaginée par Ibsen en 1891 à Munich a laissé place chez Ostermeier à un loft sèchement contemporain. Dans ce décor froid et superbe, où l'eau ruisselle sur une paroi-écran, Hedda Gabler s'ennuie. En tenue d'intérieur la jeune femme fait la moue, indifférente aux fleurs fraiches, au canapé neuf, à la terrasse avec vue. A peine revenue de son voyage de noces, elle contemple avec dédain ce que sera désormais sa vie. Comme dans Nora, Henrik Ibsen dresse le portrait d'une jeune femme prise au piège de ses désirs de réussite sociale dans un milieu bourgeois étouffant. Même trio mari-femme-ami du mari (ici il est avocat, et non plus médecin). Même prison dorée aux murs de laquelle les jeunes femmes se heurtent jusqu'à l'irréparable. Avec un supplément de machiavélisme et de cynisme pour Hedda Gabler.
Un soupçon de bovarysme Elle pourrait être Emma Bovary cette jeune femme qui rêvait de luxe, d'argent, de passion. Au final Hedda n'a qu'un universitaire terne et sans charisme dont la carrière semble finalement compromise et qui s'est endetté pour tenter de répondre aux rêves de sa jeune femme capricieuse. Réapparait alors le premier amour de la jeune femme, un universitaire fantasque, fêtard, peu fiable, en passe de briser la carrière universitaire de son mari. Prise au piège de ses contradictions et de sa condition, Hedda complique les situations, joue des êtres et des sentiments, y compris les siens, comme pour mettre du piment dans sa vie.
Photo. Arno Declair Thomas Ostermeier a construit un huis clos où les êtres s'agitent peu. Cette paroi transparente est-elle le mur de faux semblant des discussions de salon. Est-elle cet ennui qui suinte par tous les pores de la peau des personnages? Pas de tumulte ici. Le ton est aseptisé, la musique douce, les teintes verdâtres, froides. A peine les acteurs profitent-ils de l'espace du plateau tournant. Autour du canapé s'écrivent froidement les dernières heures d'Hedda Gabbler, jusqu'au final intense et magnifique. Ce printemps, Thomas Ostermeier a tourné avec succès dans les théâtres français avec cette pièce au goût métallique. Il en est revenu avec une version sous-titrée en français. Le talentueux metteur en scène aura également la vedette à Avignon avec sa mise en scène du Hamlet de Shakespeare. A Berlin, il faudra attendre la rentrée pour découvrir la nouvelle pièce. Mais les places sont déjà en vente depuis la mi-mai. Stéphanie PICHON. (www.lepetitjournal.com/berlin.html) jeudi 12 juin 2008 Hedda Gabler, d'Henrik Ibsen, mis en scène Thomas Ostermeier, le 15 juin, 20h, Schaubühne am Lehiner Platz. Places au 030 89 00 23 http://www.schaubuehne.de
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