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Un mois après le passage de Nargis, le passage à l’effort de reconstruction devient indispensable, même si de nombreuses victimes attendent toujours l’aide de première nécessité. Alors que la communauté internationale se heurte désespérément aux autorités birmanes, des voix sur place comme MSF, appellent les donateurs à relativiser certaines difficultés Un mois après le passage de Nargis, la phase de reconstruction se superpose inexorablement, faute de lui succéder, à la phase d’urgence, loin d’avoir été satisfaite. Des milliers de victimes n’ont toujours pas reçu la moindre aide tandis que la nécessité de relancer la vie dans le delta de l’Irrawaddy se fait cruellement ressentir. Mercredi, l’équipe du programme Birmanie de l’ONG Médecins Sans Frontières (MSF) expliquait que de nombreux survivants souffrent de dépression et autres troubles psychologiques qui les empêchent de reconstruire leur vie. Kaz de Jong, l’un des spécialistes de santé mentale de MSF indiquait aux journalistes lors d’une conférence de presse au Club des Correspondants étrangers de Bangkok, que 40 pourcent des personnes sondées par les 43 équipes médicales de l’ONG présentaient des signes de troubles psychologiques. "De nombreuses personnes sont très déprimées, anxieuses, les gens ont du mal à dormir la nuit, effrayées que quelque choses arrive de nouveau, ils revivent le désastre et voient leurs proches revenir dans leurs rêves", expliquait Kaz de Jong. Permettre aux victimes de se reconstruire Le médecin estime que si certains problèmes pratiques sont surmontables, le soutien moral et psychologique est indispensable pour beaucoup pour pouvoir repartir de l’avant, certains n’ayant même plus le goût de se nourrir lorsqu’ils ont le nécessaire. MSF a de fait mis en place des programmes de santé mentale dans des camps provisoires pour essayer de combattre l’inertie qui s’installe parmi les victimes traumatisées. Pour cela, l’ONG compte s’appuyer sur des compétences et volontaires locaux, les formant à détecter les personnes les plus vulnérables et à diagnostiquer les troubles dont elles souffrent avant de dépêcher des spécialistes sur place. Frank Smithuis, le directeur du programme Birmanie, déplore les difficultés auxquelles doit faire face l’acheminement et la mise en place de l’aide internationale. Mais il appelle néanmoins les donateurs à être moins frileux vis-à-vis d’un éventuel détournement d’une partie de l’aide par la junte, rappelant que "l’aide humanitaire va parfois dans de mauvaises mains sur d’autres théâtres. Cela n’arrive pas seulement pour Nargis, dit-il, mais aussi dans des pays touchés par le tsunami et ailleurs. (…)Il est vrai que notre siège se soucie lui aussi que l’aide n’aillent pas dans de mauvaises mains, mais nous avons des équipes chargées de délivrer l’aide directement et d’autres chargées de s’assurer qu’elle est bien arrivée". Déjà présente dans le pays au moment du désastre avec plus de 1.200 personnes, MSF Birmanie a actuellement 250 personnels médicaux et logisticiens et 25 expatriés qui œuvrent sur le delta. Pour l’heure, le bilan de la catastrophe fait état de 133.000 personnes mortes ou disparues. Mais certains spécialistes du pays craignent qu’il n’atteigne 200.000, d’autant que 12 millions de personnes vivent dans le delta de l’Irrawaddy et que nombreux endroits dévastés n'ont toujours pas été atteints ni par les autorités, ni par les ONG. Pierre QUEFFELEC (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) vendredi 6 juin 2008 L’aide informelle de locaux ou expatriés toujours active Hervé Fléjo, un résident Français de Rangoun qui s’est mobilisé dès les premiers jours avec des amis birmans et les moyens du bord pour venir en aide aux victimes, nous a témoigné hier par téléphone de l’importante mobilisation locale pour aider les victimes. "Beaucoup de gens sont allés sur le terrain pour aider comme ils le pouvaient", indique-t-il, ajoutant que certaines initiatives ont parfois été maladroites. "Nous avons fait ce que nous avons pu, mais ce n’est pas le tout d’aller sur place et distribuer, il faut structurer [l’action], c’est pour cela qu’il faut des spécialistes". Après avoir consacré les premières semaines à distribuer de la nourriture et du matériel de première urgence, le collectif d'Hervé Fléjo, se concentre aujourd’hui sur la construction de maisons, à 3h de route de Rangoun. Plus d’une vingtaine de maisons ont déjà été construites. "Nous ne voulons plus recevoir de matériel car cela pose trop de problèmes, dit-il, et les besoins ne sont plus aussi importants. Avec 200 dollars, nous pouvons fournir une maison avec des moustiquaires pour une famille (5 à 6 personnes), dit-il. Nous travaillons aussi à la construction d’une école pour 300 élèves". Le Français participera avec son groupe à un concert organisé le 14 juin au soir à l’Alliance Française de Rangoun pour collecter des fonds pour plusieurs associations dont celle qu’il représente. Lire aussi notre article du 12 mai voir aussi le blog dedie a l'action Aide Directe Birmanie La junte arrête l'un des principaux membres d'un collectif de 400 artistes birmans Un célèbre comédien birman, connu pour ses critiques contre la junte au pouvoir et avoir aidé les victimes du cyclone Nargis, a été emprisonné mercredi soir par la police alors qu’il revenait du delta de l'Irrawaddy, où il était allé apporter de l'aide aux survivants du cyclone. Cité par le magazine Irrawady, Maung Thura, alias Zarganar, a indiqué qu'il faisait partie d’un collectif de 400 artistes birmans qui se sont alliés pour aider les victimes du cyclone Nargis. A 47 ans, Zarganar, avait déjà été emprisonné à plusieurs reprises notamment l’an dernier pour avoir apporté de la nourriture aux moines bouddhistes lors des manifestations contre la junte en septembre dernier. Lire l’interview de Zarganar par l’Irrawaddy ; lire aussi l'article de l'Irrawaddy sur l'arrestation de Zarganar |