| Ecrit par BUDAPEST,
le 05-06-2008 00:00
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Le journaliste et historien François Fejtö s'est éteint lundi 2 juin. Il était né il y a 98 ans à Nagykanizsa, une petite ville du sud-ouest de la Hongrie, entre Balaton et Croatie, actuel département de Zala. Il venait d'une famille juive aisée de libraires et imprimeurs
il laisse une vingtaine d'ouvrages (photo amazon.fr) Lorsque François Fejtö est né, François-Joseph Ier avait encore 7 ans à régner, dans cette Europe que décrit si bien le Monde d'hier de Stefan Zweig et qui n'en avait plus pour longtemps. Pur produit de la Mitteleuropa, de cet empire sur le démembrement duquel il ne cessera de revenir, par exemple avec Requiem pour un empire défunt en 1993. Décédé lundi, François Fejtö aura connu les étés que l'on passait à Fiume pas encore Rijeka en Croatie, la nouvelle de l'assassinat de François-Ferdinand à Sarajevo, une parentèle qui vivait dispersée aux quatre coins de l'empire et qui se retrouva après 1918 et les traités qui évoquent plus d'idylliques châteaux que les nuages qui ne vont pas tarder à s'amonceler, pourvue des nationalités tchécoslovaque, roumaine ou autrichienne! Au début des années 30 le jeune Ferenc entreprendra d'ailleurs un voyage dans l'empire défunt, ce Voyage sentimental publié en 1935, réédité en 1989 et traduit plus tard en français est plein de nostalgie. Il a fait des études littéraires à Pécs et à Budapest, a connu la prison en1932 pour avoir créé un cercle d'études marxistes à l'Université, adhèré en 1934 au Parti social-démocrate, fondé Szép Szó en 1935 avec Jozsef Attila et Paul Ignotus, revue littéraire et politique, antifasciste et antistalinienne qui publiera Sartre aussi bien que Mounier ou Maritain. En 1938, il a dénoncé dans un article la politique pro-allemande du gouvernement et a jugé prudent de partir s'établir en France. Une grande figure européenne Après avoir été résistant pendant la guerre, François Fejtö est entré en 1944 à l'AFP où il restera trente ans, il sera chargé du secteur Europe de l'Est, ce qui lui permettra de faire connaître l'affaire Laszlo Rajk, véritable prélude au soulèvement hongrois de 1956 et à sa répression, qui pour lui n'ont pas été vraiment une surprise. Il publie en 1952 Histoire des démocraties populaires qui, malgré les réticences de certains beaux esprits, révèlera à beaucoup de bien tristes réalités. En 1955, il est naturalisé français. Il collabore entre autres à Esprit, aux Temps modernes, à La Croix, Le Monde, Le Figaro, Il Giornale, La Vanguardia. Il enseigne entre 1972 et 1984 à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris. Il ne reverra la Hongrie qu'en 1989, après 44 ans d'absence, lors des obsèques nationales d'Imre Nagy, le héros malheureux de la révolution de 1956. Traversant le XXe siècle, François Fejtö en aura côtoyé de nombreux acteurs, de Tito à Castro, il aura été proche de maints intellectuels aussi bien Revel que Morin. Déployant une intense activité jusque dans ses dernières années, il laisse une vingtaine d'ouvrages dans lesquels il revient inlassablement sur son domaine de prédilection, citons Histoire de la destruction de l'Autriche-Hongrie, La fin des démocraties populaires, La Tragédie hongroise ou Le passager du siècle en1999 qui lui permet d'évoquer les étapes de sa vie. Il aura pu constater qu'à l'heure de Schengen, on circulait en Europe aussi librement qu'à l'époque de Robert Musil ou Joseph Roth, autres nostalgiques de l'empire… mais après quelles épreuves il est vrai! Son petit-fils, l'acteur et illustrateur de livres pour enfants Raphaël Fejtö, s'est fait connaître comme réalisateur notamment avec l'Âge d'Homme… maintenant ou jamais, en 2007. C.D. (www.lepetitjournal.com - Budapest) jeudi 5 juin 2008
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