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En vigueur depuis près de 27 ans, l’état d’urgence sera encore une fois prorogé de deux ans à partir du 1er juin. Lors de sa campagne électorale, le président Moubarak s'était pourtant engagé à l'abolir Un manifestant contre la prorogation (photo N.K.)
Le Parlement a approuvé lundi dernier la prorogation de l’état d’urgence de deux ans, une période qui devra s’achever fin mai 2010 avec l’adoption d’une loi antiterroriste. Le Parlement, largement dominé par le parti au pouvoir, a été informé par le premier ministre, Ahmad Nazif, de la décision du président Hosni Moubarak de proroger l’état d’urgence. Imposée depuis l’assassinat du président Anouar Al-Sadate par des islamistes en octobre 1981, cette loi d’exception a été systématiquement reconduite depuis. Pourtant, lors de sa campagne électorale pour la présidentielle de septembre 2005, le président Moubarak avait promis son abolition. Cette loi d’exception accorde notamment au ministre de l’Intérieur le droit discrétionnaire de maintenir en prison tout individu représentant un "danger pour la sécurité publique", même lorsqu’il a purgé sa peine, et autorise les autorités à renvoyer des civils devant la justice militaire. Le Conseil national des droits de l’homme, une instance semi-gouvernementale mais qui a fait preuve de beaucoup d’indépendance, a récemment estimé que l’état d’urgence n’avait plus lieu d’être. Et début mai, une vingtaine d’ONG a appelé à son abrogation. En revanche, les pro-gouvernementaux considèrent avant tout les "dangers" auxquels l’Egypte doit faire face en cas de levée prématurée de l’état d’urgence. "Le terrorisme est une réalité qu’on ne peut pas ignorer. La prorogation visait à donner le temps aux législateurs pour rédiger une loi assurant à la fois les droits des citoyens et la sécurité du pays. Ce n’est pas facile de parvenir à une unanimité sur ce genre de compromis", estime Ahmad Abou-Zeid, ancien chef de la majorité parlementaire. Le retard de la loi antiterroriste rendu responsable Officiellement, l’état d’urgence a été prolongé car la loi antiterroriste devant le remplacer n’est pas encore prête. Mais selon beaucoup d’opposants, la loi antiterroriste n’allait pas forcément garantir de meilleures conditions relativement aux libertés et aux droits de l’homme. Déjà, les quelques fuites dans la presse qui en avaient révélé la teneur ont suscité une forte protestation et critique de la part des partis de l’opposition et certaines ONG. L’Etat s’est vu accusé de vouloir institutionnaliser l’état d’urgence. De cette perspective, la prorogation apparaît donc un moyen de maintenir le statu quo en évitant un casse-tête au régime. "Que l’état d’urgence soit prorogé ou qu’une loi antiterroriste soit adoptée, la situation restera mauvaise", estime Ahmad Bahaeddine Chaabane, un opposant de gauche. "Parce que ce régime ne peut plus se maintenir au pouvoir sans imposer des conditions spéciales lui permettant d’opprimer le peuple", poursuit-il. Nevine KAMEL. (www.lepetitjournal.com - Le Caire - Alexandrie) lundi 2 juin 2008 |