Venue à Buenos Aires pour assister à la première de l'adaptation théâtrale de son œuvre Douleur Exquise, Sophie Calle a donné une conférence au MALBA. Compte rendu
Pendant les deux heures et demie de conférence, Sophie Calle raconte ses œuvres, les unes après les autres, et fait rire la salle par ses anecdotes et ses commentaires second-degré (Photo: Alejandro Guyot. 2008.)
Dans un excellent espagnol, Sophie Calle campe son personnage et raconte comment elle est devenue artiste. "Après avoir voyagé pendant 7 ans, je suis rentrée en France, sans désir. C'est là où j'ai commencé à suivre des gens dans la rue, ce sont eux qui décidaient de ce que j'allais faire. Puis j'ai décidé de suivre un homme, un seul. Je l'ai vite perdu, mais le soir, par hasard, je l'ai retrouvé. J'ai pris ça pour un signe et j'ai décidé de le suivre, jusqu'à Venise." Pendant un mois, elle suit cet homme. "Ce n'était pas un travail artistique, mais une façon d'occuper mon temps" dit-elle. "Je vivais à travers lui, sans qu'il le sache. C'était une relation facile !" Au cours de cette Suite Vénitienne, tel un détective elle prend des notes et fait des photographies. Elle pose ainsi les bases de toute son œuvre, alliant image et texte, qui la conduira en 2007 à représenter la France à la Biennale de Venise, après avoir triomphé à Beaubourg et dans les plus grands musées du monde.
L'art et la vie Deuxième histoire. "Un jour, alors qu'une amie qui dormait chez moi a fait un commentaire sur la tiédeur de mon lit, j'ai décidé d'y faire dormir des gens 24h sur 24." Des étrangers, la plupart rencontrés dans la rue, se relaient toutes les 8h pendant 8 jours pour dormir dans son lit. Elle, à côté, les observe et prend une photo toutes les heures. L'une des femmes à qui elle propose l'expérience, rencontrée au marché, s'avère être la femme d'un critique d'art. "Je n'ai pas décidé d'être artiste, raconte-t-elle. C'est ce critique, par ses questions, qui m'a fait me questionner." Il l'invite alors à participer à une exposition à Paris et c'est ainsi que Sophie Calle devient artiste. Elle précise que cette histoire a plus de trente ans et que c'est comme ça qu'elle a l'impression que les choses se sont passées. Et voilà. Elle fait entrer le doute dans l'esprit du spectateur sur la véracité de ses histoires, sur les arrangements qu'elle pourrait faire avec la réalité. Et tout le monde de s'interroger sur la part de fiction de son œuvre et sur sa sincérité. Mais quand une auditrice lui pose la question, elle répond agacée : "Moi je dis que je suis sincère, mais chacun voit s'il y croit. De toute façon ce n'est pas important, je ne fais pas ça pour être sincère !" . Elle se refuse à expliquer son travail, à en donner une interprétation ou une orientation de lecture en précisant que ce n'est pas à elle de le faire, mais aux critiques d'art. Elle, elle s'occupe de faire l'œuvre et "une fois qu'elle est terminée, elle vit sa propre vie". Ses œuvres déclenchent chez chacun des réactions personnelles : la vidéo de la mort de sa mère, qui montre que le passage de la vie à la mort est insaisissable, a révolté les uns et profondément touché les autres. Elle parle de la vie de tous les jours, d'événements simples qu'elle élève au rang d'œuvre d'art. Elle sublime le banal et donne une importante place à l'affect. Chacun peut se retrouver dans son travail et penser qu'il est exceptionnel. C'est probablement là l'une des raisons de l'immense succès de Sophie Calle. Catherine TANAZACQ. (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) vendredi 30 mai 2008 |