| Ecrit par Stéphanie PICHON,
le 19-06-2008 00:00
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Après l'incroyable succès de Etre et avoir, Nicolas Philibert revient avec un documentaire intime, terrien, philosophique. Retour en normandie sort aujourd'hui en Allemagne. Le 25 mai le cinéaste est venu présenter son film en avant-première au cinéma Paris, à Berlin (photo. N. Delozier)
A l'origine est un film au titre choc, celui de René Allio, tourné en 1975 : Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur, mon frère... Nicolas Philibert n'a alors que 24 ans. Allio lui propose d'être son premier assistant-réalisateur. Le voilà qui bat la campagne normande pendant des mois à la recherche des futurs acteurs du film. Car pour incarner les personnages de ce fait divers, mis à jour par le philosophe Michel Foucault dans un ouvrage du même nom, René Allio veut des non-professionnels, des gens de la campagne, de vrais paysans normands comme l’étaient les protagonistes du drame Rivière. Au début du siècle, Pierre Rivière, jeune paysan normand, égorge à la serpe trois membres de sa famille, s'enfuit, est rattrapé, mis en prison. Son procès éclaire la question de la folie et de la justice pénale. En prison, il écrira un texte ténébreux sur les raisons de son crime. A sa sortie le film est applaudi par la critique, boudé par les spectateurs, il ne fera que 40.000 entrées. 30 ans après, Nicolas Philibert est revenu sur les lieux du tournage, dans la campagne normande, voir ce que ces acteurs amateurs étaient devenus.
"Les englués de l’Histoire" "Retour en Normandie, n'est pas un bonus DVD ni un making off", prévient le documentariste qui était à Berlin fin mai. "Après le succès colossal de Etre et avoir, j'ai eu besoin de revenir à mes racines cinématographiques (…) Il est très différent de mes précédents films", précise t-il avant la projection. Plus libre, plus intime, plus philosophique. Très loin des lois journalistiques du genre. Retour en Normandie ne démontre rien, n'utilise aucun procédé tape à l'œil. Nicolas Philibert y interroge le rapport au passé, à la création, filme le quotidien, offrant une chronique en creux de la vie rurale normande aujourd'hui, et surtout donne la parole aux "englués de l'Histoire", comme les définit Allio. Sans faux-semblant, dans un parler digne teinté d’accent, les anciens acteurs se souviennent du tournage, expliquent comment cette aventure de quelques mois a résonné dans le cours de leur vie. Retour en Normandie parle aussi de la souffrance de la création cinématographique, de l'obstination nécessaire pour mener un film à son terme. En retrouvant les notes d'Allio avant, pendant et après le tournage, Philibert offre le journal d'une création, par un biais à la fois poétique et concret. Les pieds dans le fumier d'une porcherie, les yeux dans ceux qui ont l'espace de quelques mois, joué à l'acteur, déroulant le fil d'une introspection à voix haute, Philibert réussit à livrer une fable intense qui a le charme de la discrétion. Stéphanie PICHON (www.lepetitjournal.com/berlin.html) jeudi 19 juin 2008
Retour en Normandie, de Nicolas Philibert, sur les écrans allemands à partir du 19 juin. 113 mn.
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