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Plus de trois semaines après le passage du cyclone Nargis, la promesse faite par le chef de la junte birmane d’accorder l’accès sans restrictions au delta de l'Irrawaddy aux travailleurs humanitaires étrangers laisse à la communauté internationale une lueur d’espoir teintée de réserve La visite en Birmanie, la semaine dernière, du Secrétaire Général de l’ONU n’a pas radicalement changé les choses, mais de légers progrès sont perceptibles, estiment les organisations humanitaires. La promesse faite vendredi par le chef du régime militaire birman, Than Shwe, d’accorder aux humanitaires étrangers l’accès sans restrictions au delta de l'Irrawaddy, laisse entrevoir des possibilités d’ouverture, même si la communauté internationale demande encore à voir. "Nous devons être prudents et ne pas nous emballer, mais il commence à y avoir un espoir. On peut dire que nous sommes à un moment crucial," expliquait hier le porte parole de la Croix-Rouge Internationale, John Sparrow. Encore peu d'humanitaires internationaux ont pu atteindre les zones les plus dévastées ces derniers jours, mais l'ONU indiquait que l’organisation des secours était "sur la bonne voie". Des hélicoptères ont même pu larguer des vivres sur les zones les plus touchées et tout semble indiquer que cela devrait continuer. Le porte-parole onusien Richard Horsey a indiqué qu’obtenir des visas n’était plus un problème majeur et qu’il fallait dorénavant se concentrer sur la question de l’envoi d’équipes d’experts depuis Rangoun vers le delta. L'aide internationale a en effet atteint pour l’heure essentiellement les survivants de la région de Rangoun, selon l'ONU. Signes rassurants L’ouverture esquissée par Than Shwe a été illustrée hier dans le journal birman New Light of Myanmar. Le journal en langue anglaise, principal organe de propagande de la junte, a salué hier la rapidité de l'aide apportée par les Nations unies, après avoir diffusé pendant trois semaines des messages attestant que "la Birmanie pouvait s’en sortir seule". New Light of Myanmar a même relativisé le bilan communiqué la semaine dernière par la junte qui soutenait que la phase d’urgence était passée. "Les opérations de secours et de réhabilitation sont accomplies dans une certaine mesure", indiquait hier le journal. Une autre lueur d’espoir semble provenir du rôle de coordination que l’ASEAN entend jouer entre la communauté internationale et la Birmanie qui se vouent une méfiance profonde. "Nous allons réunir tous les ingrédients nécessaires pour instaurer une confiance internationale", a indiqué hier le Secrétaire Général de l’ASEAN, Surin Pitsuwan. L’organisation a récemment constitué un comité tripartite composé de neufs délégués – trois de chaque partie (Birmanie, ONU, ASEAN) - destiné à coordonner, faciliter et superviser le flux de l’aide internationale en Birmanie. Surin Pitsuwan a d’ores et déjà annoncé la formation d’une force d’intervention humanitaire formée par des agents des pays de l’ASEAN. Il prévoit la réalisation d’un état des lieux d’ici au 12 juin pour "une distribution immédiate de l’aide". "Mon sincère espoir est qu'ils (les généraux birmans) honorent leur engagement. C'est ce que nous allons voir" indiquait Ban Ki-moon lundi à l’AFP. Les analystes politiques de la Birmanie rappellent cependant que la junte a souvent tendance à feindre l’ouverture dans les moments de forte pression internationale pour se donner de l’air, avant de brusquement se refermer. Lire aussi l’analyse de Marwaan Macan-Marker paru dans le journal Irrawady d’hier P.Q. et A.B. (www.lepetitjournal.com/bangkok.html avec AFP) mercredi 28 mai 2008 La junte maintient Aung San Suu Kyi en détention Alors que la communauté internationale retient son souffle en attendant de voir la junte tenir ses promesses, les militaires ont prolongé l'assignation à résidence du Prix Nobel de la Paix, Aung San Suu Kyi et arrêté 16 de ses partisans qui se rendaient chez elle dans un défilé d'une trentaine de personnes. La principale opposante du régime a passé plus de douze des dix-huit dernières années de sa vie en résidence surveillée. La décision de la junte a été condamnée par plusieurs dirigeants internationaux. En France, le Ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner et la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme Rama Yade ont appelé la junte à "libérer [Aung San Suu Kyi] sans délai", ainsi que les dirigeants de l'opposition et les prisonniers politiques. L’aide du "Mistral" déchargée à Phuket pour être confiée à un cargo Le bâtiment de projection et de commandement Mistral est arrivé hier soir au large de Phuket où il doit décharger la cargaison d’aide d’urgence qu’il espérait délivrer directement en Birmanie depuis le 17 mai. L’aide convoyée par le Mistral devrait être rechargée dans les 72 heures sur un navire commercial affrété par le Programme Alimentaire Mondial (PAM) pour être réacheminer vers la Birmanie, selon l’Ambassade de France à Bangkok. Le Mistral avait été envoyé depuis Madras vers la Birmanie pour acheminer 1.000 tonnes d'aide humanitaire destinées aux victimes du cyclone Nargis. Mais les généraux birmans, réputés paranoïaques, n'ont jamais autorisé le navire de la Marine Française à entrer dans leurs eaux territoriales ni à débarquer et distribuer l’aide malgré ses trois hélicoptères à bord, l’obligeant à rester impuissant au large du delta de l'Irrawady. Des bateaux militaires britanniques et américains ont reçu le même traitement. La cargaison du Mistral comprend selon l’Ambassade de France à Bangkok environ 400 tonnes de riz et du matériel humanitaire, permettant d’assurer l’approvisionnement en eau et en nourriture de 100.000 personnes pendant quinze jours et des abris pour 60.000 sinistrés. Le Mistral devait accoster ce matin à 8h dans le port de Phuket. L’ambassade de France en Thaïlande a par ailleurs assuré durant les dix derniers jours l’achat au profit de la Croix Rouge française de matériel humanitaire (pompes, produits de purification d’eau, réservoirs de collecte des eaux de pluie, kits de gestion des dépouilles mortelles) grâce à un financement de 30.000 euros débloqué par la Délégation à l’Action Humanitaire du Ministère des affaires étrangères. |