| Ecrit par Sara Haba,
le 28-05-2008 00:00
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Quand certains grimacent à l’approche d’une décharge publique, d’autres travaillent et vivent dans les ordures. Certains pestent lorsqu’une mouche leur tourne autour, d’autres en ont fait leur compagnon, le jour. Et quand le simple fait d’entendre le mot rat insupporte certains, d'autres s’en accommodent sans mécontentement "Notre vie, c’est la poubelle", lance Oum Ainia. A 43 ans, cette femme au teint mat est marquée par la douleur que lui inflige son activité quotidienne. Chargée du tri des poubelles depuis son plus jeune âge, elle a les yeux cernés et le visage ridé. Le temps d’une pause bien méritée, elle allaite son fils qui, le visage noir de poussière, esquisse un sourire comme pour signifier son plaisir. Sa belle-mère prend alors le relais. Tout en récoltant les sacs plastiques dans un tas de déchets alimentaires, elle explique la gêne occasionnée par les conditions insalubres de son métier. Difficulté à respirer, nuits de sommeil écourtées, poussières et impureté lui ont ruiné la santé. "On grandit dans la poussière, on vieillit et on meurt dans la poussière", se plaint-elle en s’adonnant à la tâche.
Confort minimum Les sacs poubelles s’entassent dans la ruelle et à la gêne olfactive produite par les déchets, s’ajoute celle des enclos de porcs. Pas le moindre endroit propre pour pouvoir se frayer un chemin jusqu’à la chambre d’Oum Ainia. Une pièce, deux lits pour une famille de six personnes. "Nous payons 175 livres par mois, le quart de ce que gagne mon mari", déclare Oum Ainia. Tout en montrant les cartons et les téléviseurs cassés qui font office de mobiliers, elle poursuit : "Les canapés et les appareils ménagers coûtent trop chers". Quant à la cuisine et les sanitaires, ils ne font qu’un. Dans cette pièce où l’odeur est repoussante, chacun fait ses besoins où il veut, où il peut. Grandir dans les poubelles On pourrait penser que les enfants des chiffonniers ne sont pas scolarisés, mais la plupart le sont. "Pour devenir docteur, je vais à l’école. Quand je rentre à la maison, j’aide ma mère à couper les cannettes", raconte Naéma. Pas de goûter, ni même de dessins animés pour cette fillette de 7 ans. Elle rentre tout juste de l’école, qu’elle doit déjà jeter son sac d’écolière pour s’emparer des cisailles et découper l’aluminium. Si la plupart des enfants sont scolarisés, les adolescents tiennent à rappeler que l’école n’est là que pour leur apprendre à compter. "Après 12 ans, il faut partir étudier en ville. Seuls les plus riches le peuvent. On arrête presque tous vers 10 ans pour ramener de l’argent. L’école, ça ne rapporte rien", explique Aba Noub. En dépit de ce que l’on pourrait croire, les zabbalin ne sont pas tous misérables. Mais cette communauté, originaire souvent du sud de l’Egypte, est souvent stigmatisée à cause de ses conditions de vie. C'est oublier qu’ici, petits et grands ont l’art de se satisfaire de peu. Car courage, partage, joie de vivre, et sourires sont leurs principales armes. Sara HABA. (www.lepetitjournal.com - Le Caire - Alexandrie) mercredi 28 mai 2008
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