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Le metteur en scène argentin, Emilio Wehbi, a proposé à Sophie Calle, artiste française contemporaine, de reprendre son travail sur scène, inspiré par la douleur d'une séparation. Un résultat époustouflant
Bénéficiaire d’une bourse, Sophie Calle part au Japon. Quatre-vingt-douze jours plus tard, elle a rendez-vous avec celui qu’elle aime. Le jour supposé des retrouvailles, il lui annonce, par téléphone, leur rupture. Afin de surmonter sa douleur, Sophie Calle invite les gens autour d’elle à lui raconter leurs plus grandes douleurs. Elle consigne les témoignages ainsi récoltés. Et trois mois après, l’exorcisme a fonctionné. Telle est la trame du livre Douleur exquise (Actes Sud, 2003), qui a également donné lieu à une exposition à Luxembourg, en 2007, avec l’architecte Frank Gehry.
A la découverte du théâtre "total" Habitué des scènes latino-américaines et européennes, l’Argentin Emilio Wehbi découvre le travail de Sophie Calle à Berlin, en 2004, grâce à une grande rétrospective de l’artiste. Sa démarche – faire de sa vie un matériau privilégié de son art, et inversement – ne lui est pas étrangère. Lui-même est plasticien, photographe, metteur en scène, auteur de performances… Proche d’Antonin Artaud, sensible à la poétique de Christian Boltanski, Emilio Wehbi défend l’idée d’un "théâtre total" qui mêle toutes les disciplines et questionne les frontières entre la normalité et l’anormalité. Avec la superbe Maricel Alvarez, sa compagne sur scène et dans la vie, le duo soumet à Sophie Calle l’idée d’une mise en scène de Douleur exquise. Séduite, celle-ci cède gratuitement les droits au couple. Elle a découvert, lors de la première, ce mois-ci, le résultat de ce "transplant scénique", de cette "mise en abîme", de ce "dialogue avec le matériel" qu’ont imaginé Maricel et Emilio.
Une pièce "participative" Réécrite par Ricardo Ibarlucía, traducteur, poète et professeur d’esthétique, la première partie raconte sous forme autobiographique la recherche, par Maricel, des indices du périple de Sophie Calle à Tokyo. Grâce à l’appui de grandes institutions – la fondation Proa, Air France, l’ambassade de France – un voyage à Tokyo a pu être organisé ; les photos de sa compagne prises par le metteur en scène sont utilisées durant le spectacle. "En Argentine, le théâtre est souvent texto-centré, alors que je privilégie le caractère installatif (instalativo) de la mise en scène, le croisement des genres ", explique Emilio Wehbi. Pas question d’endormir le spectateur : "Je mêle des fausses pistes et des vraies pour que le public participe réellement, pour qu’il travaille. En fait, la notion de public est uniformisante et ne m’intéresse pas ; ce que je souhaite, c’est établir un dialogue unipersonnel avec des sujets". Empruntant au théâtre, à la vidéo, à l’expo photo, au récit textuel et à l’installation, le résultat mobilise la sensibilité et l’intelligence. Une démarche fidèle à Sophie Calle. Barbara VIGNAUX. (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) jeudi 29 mai 2008
Pour les informations pratiques relatives à Dolor exquisito, voyez l’agenda culturel (lien).
Année chargée pour Emilio Wehbi Juillet : rétrospective de son œuvre plastique (1997-2008) à l’ESMA. Août : mise en scène d’Heldenplatz, de Thomas Bernhard, au théâtre San Martín. Fin d’année : "performance duchampienne" à l’occasion de la grande rétrospective Marcel Duchamp à la fondation Proa, à la Boca. |