| Ecrit par Jonas Mercier,
le 26-05-2008 00:00
|
|
Gabriel Pop est un jeune artiste peintre de 25 ans. Originaire d’Oradea (nord-ouest), il est actuellement en Master à la Faculté des Arts Plastiques de Bucarest. Il est également professeur dans un lycée d’architecture. Il nous livre sa vision sur l’art, Bucarest et la société roumaine
(Photo LPJ) Lepetitjournal.com : Comment vit-on artiste à Bucarest ? Gabriel Pop : Probablement comme en France ou comme dans d’autres pays. Seulement ici, mises à part les difficultés habituelles que rencontrent les artistes, il n’existe pas de véritable marché d’art. La classe moyenne roumaine n’achète pas de tableaux. Les gens qui ont de l’argent non plus. Ils ne sont pas assez éduqués pour acheter des œuvres d’artistes. Ils se dirigent plutôt vers les antiquités. La majorité des gens, particulièrement ceux qui viennent de la campagne, ont pris l'habitude sous le communisme d'acheter des bibelots kitsch que l’on trouve sur les marchés, ou des tableaux qui n’ont pas de valeur artistique. En fait, un marché se développe, mais il concerne l’art décoratif.
Bucarest est une ville qui inspire ? Si tu as des thèmes nihilistes ou plutôt expressionnistes, oui (sourire). Mais autrement, tu ne peux pas vraiment t’inspirer de cette ville, même s’il se passe pas mal d’événements autour de l’art par rapport aux autres villes du pays. Ici, il y a beaucoup d’artistes, mais peu de jeunes. Sous le communisme, les artistes s’inscrivaient à l’Union des Artistes Plastiques de Roumanie (UAP), ce qui offrait pas mal d’avantages, comme des ateliers aux loyers modiques. Aujourd’hui, les jeunes ont tendance à se détacher de ce système et à s’organiser entre eux.
Comment vois-tu la société roumaine actuelle ? Je ne me rappelle pas trop de la révolution, mais seulement d’un sentiment de fiasco total. Tout le monde était très enthousiaste et pensait que la Roumanie allait devenir une vraie puissance dans le monde. On se disait que l’on deviendrait très riche. Ces attentes, on les retrouve dans le comportement des gens encore aujourd’hui. Ceux qui ont les moyens veulent du luxe, mais ils n’ont pas de goût. La société roumaine va de mieux en mieux d’un certain côté, mais de moins en moins bien d’un autre. On construit beaucoup mais il n'y en a que pour les grandes villes. Et puis on a privatisé très rapidement de grosses sociétés d’État, cela n’a pas été forcément bénéfique. Par exemple, depuis que l’on a vendu Petrom, on paie l’essence et le gaz beaucoup plus cher.
Si tu étais maire de Bucarest, quelle est la première chose que tu ferais ? Je supprimerais les mairies de secteur, parce qu’il existe aujourd’hui sept maires différents et ça ne sert pas les intérêts de la ville. D’un point de vue juridique, il est très difficile d’instaurer une continuité dans les grands projets, car les intérêts diffèrent selon la couleur politique des maires. Après avoir clarifié tout cela, je pense que j’organiserais un concours de projets pour rendre la circulation plus fluide. Quelque chose qui soit réaliste et faisable rapidement. Propos recueillis par Jonas MERCIER. (www.lepetitjournal.com - Bucarest) lundi 26 mai 2008
Une exposition des tableaux de Gabriel Pop aura lieu le 17 juin prochain à Bucarest, dans la galerie d’art Caminul artei (en face de l’université d’architecture).
|