Il propose de la glace de maté cocido ou de l'agneau sauce chimichurri... en France. Le chef argentin Mauro Colagreco, dont le restaurant Mirazur a obtenu une étoile au Michelin et vient d'être sacré "meilleur restaurant régional français", était de passage la semaine dernière à Buenos Aires. Portrait
(Dans sa cuisine, Mauro Colagreco explore le goût des fleurs / photo Barbara Vignaux LPJ)
"La gastronomía, para mi, es el amor por los otros, el, el…" Mauro Colagreco cherche ses mots. Pas moyen de se remémorer le terme espagnol. Il sourit : "La gastronomía, para mi, es el partage." Agé de 31 ans, ce chef originaire de La Plata est installé en France depuis huit ans. Il y a travaillé avec les plus grands - Bernard Loiseau, Alain Passard, Alain Ducasse - avant d’ouvrir, avec l’aide d’un investisseur anglais, son propre restaurant, le Mirazur, à Menton, sur la côte d’Azur. Invité à concevoir un menu gourmet par l’hôtel Caesar Park de Buenos Aires, le 15 mai dernier, Mauro Colagreco revient chargé d’honneurs sur son sol natal : sacré Révélation de l’année par le GaultMillau 2006, il est le premier Argentin à obtenir une étoile Michelin, l’année suivante. Enfin, cette année, le Mirazur a été élu meilleur restaurant régional français par la revue britannique Restaurant.
Des études d'économie Une carrière fulgurante, donc, à l’instar de celle du chef catalan Ferran Adrià, récompensé par 3 étoiles Michelin. "Comme Adrià, qui s’est d’abord lancé dans des études de commerce, Colagreco se destinait à l’économie, pas à la gastronomie. Pourtant, une fois engagé dans cette voie, il a très rapidement obtenu une reconnaissance internationale", commente le consultant gastronomique portègne Ezequiel López Batista. On est loin de l’image d’Epinal du chef français déjà aux fourneaux, bambin, aux côtés des grands-parents… Colagreco a d’ailleurs son idée sur la question : "En France, une erreur est d’enfermer un jeune de 14 ans entre les quatre murs d’une cuisine, cela ne lui permet pas de découvrir le monde. Pour un cuisinier, il est très important d’avoir une large culture générale, d’avoir voyagé". Et de se féliciter que la jeune génération des chefs argentins poursuive désormais sa formation à l’extérieur, enrichissant de ce fait la tradition culinaire nationale.
Glace de maté cocido Tradition que, soit dit en passant, Mauro Colagreco ne répudie pas : le Mirazur propose notamment une glace de mate cocido et un cordero à la sauce chimichurri tout ce qu’il y a de plus argentin… Pour le reste, le chef préfère "l’intuition à la théorie", et privilégie la qualité du produit par-dessus tout. C’est d’ailleurs une des dettes qu’il revendique à l’égard de l’Hexagone, en louant "la diversité très grande des produits grâce au soutien apporté aux petits producteurs". Le potager biologique attenant au Mirazur est une de ses forces ; cet été, il lui fournira notamment "une vingtaine de variétés de tomates différentes". La suite ? De ce côté-ci de l’Atlantique, il faudra attendre un peu : "L’idée de faire quelque chose en Argentine ne m’a jamais déplu, mais je n’ai pas encore trouvé de partenaire pour cela", reconnaît-il. En attendant, c’est donc en France qu’il faut se rendre pour découvrir sa cuisine. Barbara VIGNAUX. (http://www.lepetitjournal.com/ - Buenos Aires) mercredi 21 mai 2008
Le Mirazur 30 avenue Aristide Briand. 6500 Menton. Tél : 04 92 41 86 86. Mail : info@mirazur.fr - Site : www.mirazur.fr En été, réservez 30 jours avant. Hors saison, une semaine d’anticipation suffit. |