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Lundi 12, la journaliste mexicaine Lydia Cacho a reçu à Valence le Prix de la Liberté d’Expression 2008, décerné par l’Union des Journalistes de la ville. Elle est aussi la lauréate du Prix UNESCO 2008 pour la liberté de la presse
En 2006, Lydia Cacho dénonce un réseau de pédophilie qui compromet plusieurs personnalités politiques. Arrêtée arbitrairement, elle est torturée et séquestrée. Suite à cela, elle attente un procès au gouverneur de Puebla Mario Marín qui s’achèvera par le blanchissement de ce dernier. Son cas, loin d’être unique au Mexique, met en lumière les risques que les journalistes encourent dans l’exercice de leur fonction. Selon Reporters Sans Frontières, depuis l’an 2000, 38 journalistes sont morts et 8 sont portés disparus pour des raisons liées à leur travail. Ces chiffres placent le Mexique comme l’un des pays les plus dangereux pour cette profession, après l’Irak. Les journalistes sont en effet la cible à la fois du gouvernement et des narcotrafiquants. Par exemple, l’Etat d’Oaxaca est le creuset d’une conspiration pour les faire taire. Les dernières victimes, en avril dernier, ont été deux jeunes speakerines de La Voz que rompe el Silencio, Teresa Bautista et Felicitas Martinez. Elles ont reçu à titre posthume le Prix National du Journalisme 2007. En 2006, deux journalistes de cet Etat avaient également trouvé la mort de manière suspecte mais la piste professionnelle a étrangement été écartée. Dans le Nord du pays, les cartels de narcotrafiquants et de crimes organisés sont aussi des prédateurs insatiables. En 2007, deux journalistes ont trouvé la mort dans le cadre d’investigation sur les trafics de drogue. Les cas d’intimidation, de menace, de séquestration et de torture psychologique sont monnaie courante et amènent maintenant à l’autocensure des médias
Double pouvoir Enfin, lorsque le gouvernement et les narcotrafiquants se joignent, la presse en fait également les frais. Le 27 avril, l’hebdomadaire El Proceso a été l’objet d’une censure dans l’Etat de Sonora. La revue affichait sur sa couverture la photo du gouverneur de cet Etat Eduardo Bours avec le titre Narcopoder en Sonora. Avant sa parution dans les kiosques, la revue a été achetée massivement par des personnes se présentant comme agents du gouvernement. Le 30 avril, l’hebdomadaire El Milenio a subi le même sort dans l’Etat d’Oaxaca, en réaction à un article sur l’investigation de la PGR sur la disparition de deux guérilleros de l’EPR (Ejercito Popular Revolucionario). Ce procédé, plutôt archaïque, était beaucoup utilisé dans les années 80. En résistance, un système de chaine de photocopies avait été organisé. Avec Internet, il se révèle obsolète même si le message est claire et l’impunité évidente. La presse mexicaine reste donc le jouet d’un double pouvoir qui n’essaie même pas de déguiser les moyens de censure qu’il utilise. Malgré cette situation préoccupante, elle a acquis ces dernières années une liberté d’expression encore jamais connue jusque-là. Alexandra Beugnet (www.lepetitjournal.com - Monterrey) mardi 20 mai 2008 |