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Le premier avion d'aide de l'ONU a enfin atterri hier en Birmanie. Malgré les appels incessants à l’ouverture, le régime militaire persiste à filtrer l’aide internationale. Six jours après le passage du cyclone Nargis qui a fait des dizaines de milliers de morts et de disparus, l'aide humanitaire reste acheminée au compte-gouttes Le premier avion d'aide de l'ONU a atterri hier en Birmanie, six jours après le passage du cyclone Nargis qui a fait au moins 23.000 morts et 42.000 disparus, a annoncé le porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies à Bangkok, Paul Risley. Le vol était organisé par le ministère italien des Affaires étrangères et venait de Brindisi en Italie, a-t-il indiqué, ajoutant qu'un deuxième appareil du PAM, en provenance de la même ville, pourrait suivre sans préciser la date. La junte sélective sur l’aide Un porte-parole de l'ONU à Bangkok, Richard Horsey, a indiqué que de l'assistance était "arrivée sur des avions commerciaux thaïlandais, des cargos thaïlandais" et d'autres arrivages étaient prévus hier. Des millions d'euros ont été promis à la Birmanie. Les propositions d'aide affluent d'Asie et d'Amérique du nord, mais aussi d'Europe ou d'Océanie. Hier, les Nations unies ont décidé d'accorder au moins dix millions de dollars (6,5 millions d'euros) d'aide pour les victimes du cyclone. Néanmoins, un Hercule C-130 que les Américains pensaient envoyer en Birmanie pour venir en aide aux sinistrés du cyclone Nargis ne part plus, a annoncé jeudi l'ambassadeur des Etats-Unis à Bangkok. "Je ne sais pas s'il y a eu une annulation ou un problème de communication", a déclaré à la presse l'ambassadeur Eric John, précisant que de l'aide américaine était tout de même déjà partie pour la Birmanie, via les Nations unies. Malgré la gravité exceptionnelle de la situation et les appels pressants à l'ouverture, y compris de la part des alliés du régime comme la Chine, les militaires birmans persistent à entraver l’entrée de l’aide internationale qui se presse aux portes du pays ainsi que la progression des secours déjà sur place. Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, et son homologue britannique, David Miliband, ont conjointement appelé la junte birmane à "lever les restrictions sur la distribution de l'aide" pour faire face au désastre humanitaire provoqué par le cyclone, dans une tribune intitulée "Tragédies birmanes", publiée dans "Le Monde" daté d'aujourd'hui et "The Guardian". Blocage au Conseil de sécurité La veille, alors que le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, avait "exhorté le gouvernement" à faciliter l'aide, la France avait proposé de saisir le Conseil de sécurité des Nations unies pour obliger la junte à s'ouvrir. Des discussions informelles à New York avaient donné lieu à de vifs échanges, mais Paris n'a pas pu obtenu de débat formel sur le sujet au Conseil de sécurité. Selon une source diplomatique, au moins cinq des quinze membres du Conseil s'y sont opposés. Parmi, eux, deux membres permanents, la Chine et la Russie selon le Journal Irrawady hier. Hier, la Chine a toutefois indiqué espérer que la Birmanie coopérera avec la communauté internationale. "Nous espérons que la Birmanie coopérera avec la communauté internationale et aura des consultations avec elle et qu'elle surmontera le désastre rapidement", a-t-il dit tout en appelant cependant au respect de la souveraineté de ce proche allié de la Chine. "J'espère que nous allons avoir une ouverture avant qu'il ne soit trop tard", a pour sa part indiqué Surin Pitsuwan, secrétaire général de l'Association des Nations d'Asie du Sud-Est (Asean), dont fait partie la Birmanie. Lire l’article de l’Irrawady: ‘We are being Prevented from Talking about Burma at UNSC’: French Ambassador P.Q. (www.lepetitjournal.com/bangkok.html avec AFP) vendredi 9 mai 2008 Voir aussi le blog Aide directe Birmanie qui relaye une opération d'urgence lancée jeudi par un tissu de bonnes volontés baseés notamment à Rangoun, Bangkok et Paris qui se sont spontanément mobilisées autour de l'initiative d’un expatrié français sur place, Hervé Fléjo, pour venir directement en aide aux victimes sans avoir à dépendre des autorités birmanes. http://aidebirmanie.blogspot.com/ Une situation qui fait craindre un bilan bien plus lourd Mercredi soir, un bilan officiel encore provisoire du passage du cyclone faisait état de 22.980 morts et 42.119 disparus. Mais d'autres chiffres bien plus lourds circulaient, les Américains évoquant un bilan susceptible de dépasser les 100.000 morts. Dans la seule localité de Labutta et les 63 villages voisins, au cœur du delta de l'Irrawady ravagé par le cyclone, un responsable local, Tin Win, a parlé d'environ 80.000 morts. Selon ce chef d'arrondissement de Labutta, sur les 63 villages entourant la ville, des dizaines ont été balayés. Sur l'ensemble du delta, "il pourrait bien y avoir plus de 100.000 morts", a avancé mercredi la chargée d'affaires américaine à Rangoun, Shari Villarosa, citant sans la nommer une organisation non gouvernementale. "On évalue à 5.000 km2 la superficie submergée (...) Au moins un million de personnes ont besoin d'aide", a indiqué un porte-parole de l'ONU à Bangkok, Richard Horsey. A Labutta, des orphelins, des veuves, des parents et bonzes affligés attendent assis par terre dans des abris temporaires. Privés d'eau potable, de toilettes, de médicaments, leur situation s'aggrave chaque jour. Si l'aide n'arrive pas rapidement, des médecins craignent que le bilan ne grimpe encore. "La population a besoin immédiatement de choses de base comme l'eau, la nourriture, les médicaments et les sanitaires", a déclaré l'un d'eux. (LPJ avec AFP) vendredi 9 mai 2008 Le référendum du 10 mai maintenu Malgré la situation catastrophique, la junte a maintenu le référendum sur une nouvelle Constitution prévu samedi et perçue par l'opposition comme un atout supplémentaire à la mainmise des militaires sur le pouvoir. Le scrutin sera reporté au 24 mai seulement dans 47 municipalités les plus affectées. Une décision jugée "surprenante" par Bernard Kouchner et David Miliband. "Il est évident que les conditions matérielles rendent désormais encore plus problématique la tenue de la consultation libre et équitable que vient de demander le conseil de sécurité des Nations unies", ont fait remarquer les deux Ministres des affaires étrangères français et britanniques. "Nous croyons que la priorité est d'apporter une réponse à la crise humanitaire et que ce n'est pas le moment de prendre des décisions sur l'avenir politique du pays", ont-ils insisté. (LPJ avec AFP) vendredi 9 mai 2008 |