{mxc}Mardi 6 mai, quarante ans après le début des évènements qui ont bouleversé la société française et le pays tout entier, l’Institut Français de Barcelone inaugurait une exposition de photos : « GS 68 » du photo-reporter turc, Göksin Sipahioglu, témoin engagé de ces émeutes parisiennes.
" Je crie vive la révolution, je crie vive la manifestation… ". Jacques Dutronc chante à tue-tête dans l’Institut Français de Barcelone. Ses paroles accompagnent l’exposition « GS 68 » que présente l’IFB jusqu’à la fin du mois de mai. Des photos en noir et blanc du photo-reporter turc Göksin Sipahioglu ; des photos prises sur le vif, dans l’action, dans le tumulte du mois de Mai 1968 à Paris.
« Il n’y a pas eu d’autres conflits comme ça à Paris, ni même ailleurs… » Pour Pierre Raynaud, le directeur de l’IFB, « il ne s’agit pas de célébrer Mai 68. Non, explique ce dernier, moi, j’avais 6 ans durant ces évènements, avec cette exposition, il s’agit d’évoquer. » En 1968, le photographe Göksin Sipahioglu , fondateur de l’agence de photos Sipa, se trouvait dans la capitale en tant que correspondant d’un journal turc. Ainsi, dès le début des « évènements », dès le 6 du mois de Mai 1968, il est lui aussi sur le front. Armé de son appareil, il fera près de 300 photos ; 54 sont exposées, les autres défilent en musique sur un écran. Venu assister à l’inauguration le 6 mai, le photographe aux cheveux blancs « garde un souvenir très fort de cette époque. Il n’y a pas eu d’autres conflits comme ça à Paris, ni même ailleurs… Mai 68 a changé toute une génération et lui a permis d’obtenir beaucoup de droits !», s’exclame-t-il. Paris sous mille facettes Si le conflit étudiant et les manifestations ouvrières sont évidement très présentes au sein de l’exposition, la vie des parisiens n’a pas non plus échappée à Göksin Sipahioglu. Les enfants escaladent les barricades pour se rendre à l’école pendant que la paralysie des transports en commun oblige les plus grands à faire du stop. C’est Paris sous mille facettes que l’on voit défiler : la Rue Gay Lussac et les barricades estudiantines, le boulevard Saint-Germain, théâtre des affrontements avec les CRS, les Champs Elysées sous une mare de drapeaux en soutien au Général De Gaulle et même, la Sorbonne assiégée par les étudiants, fiévreuse, après le retour clandestin de Daniel Cohn-Bendit (teint en brun !) d’Allemagne. « Le monde entier est un cactus, aïe aïe aïe… ouïe ! », continue Dutronc. Aujourd’hui âgé de 81 ans, le regard du photo-reporter prend une lueur particulière à l’évocation de ces évènements. « Il s’est passé des choses incroyables à cette époque et heureusement, j’étais là ! », dit-il en souriant. Il était là, au cœur des affrontements. Sipahioglu sera même blessé par une grenade lacrymogène, quelques photos témoignent. Une manière de rappeler les risques pris par les journalistes et la violence, réelle, de ce conflit. Une violence confirmée par les slogans de l’époque, tagués sur une colonne devant l’IFB : « Sois jeune et tais-toi », « Ecrasons la vermine fasciste », « Salaires légers, chars lourds », « La chienlit c’est lui ». Elise PINSSON (www.lepetitjournal.com - Barcelone ) vendredi 9 mai
Institut Français de Barcelone Calle Moia, 8 08012 Barcelone |