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ENERGIE – Les Russes, les Américains et les Grecs autour de South Stream Version imprimable Suggérer par mail
jeudi 08 mai 2008
Le premier ministre Costas Caramalis a signé la semaine dernière un accord avec la Russie pour la construction du gazoduc South Stream. Victoire politique pour le gouvernement grec, outil diplomatique pour les Russes et source d’irritation pour les Américains : ce projet soulève bien des passions qui s’expliquent en partie par ses enjeux économiques,énergétiques et géopolitiques

Gazoduc appartenant à la société nationale russe Gazprom (Photo issue du site Internet www.voltaire.org)

Le projet South Stream est né de la volonté de l’Italie de se fournir en gaz naturel auprès de la Russie. Les gazoducs existants, situés plus au nord de l’Europe, étant trop éloignés ou au maximum de leur débit d’esploitation, un nouveau tracé est devenu indispensable.  Le géant gazier Gazprom et son homologue italien ENI ont alors dressé une liste de pays partenaires envisageables et le projet a vite atteint ses contours actuels. Une partie sous-marine de 900km dans le lit de la mer noire devrait connecter  les côtes russes aux cotes bulgares. Ensuite le réseau devrait se diviser en deux sections: l’une partant vers la Serbie,  la slovenie et la Hongrie. L'autre desservant la Grèce avant de rejoindre ensuite l’Italie du sud  via soit  l'Albanie soit les côtes grecques (encore à décider).  Le tronçon grec du gazoduc devrait commencer à la frontière gréco-bulgare et acheminer près de  10 milliards de m3 par an de gaz en Italie. En rétribution, la Grèce touchera à la fois des droits de transit  (dont le montant reste pour l’instant confidentiel) et recevra aussi une part du gaz transporté ;  environ 1 milliard de m3.  L'accord signé la semaine dernière, d’une durée de 30 ans, prévoit la mise en place d'une société qui aura la responsabilité de la construction et de l'exploitation du gazoduc et qui sera représentée à 50/50 par la société grecque DESFA et la société russe GAZPROM.

Avantages pour la Grèce
Les avantages pour la Grèce semblent évidents. Sur le plan purement énergétique tout d’abord.  Le pays  ne produit qu’une partie infime de l’énergie qu’il consomme via l’exploitation de ressources très polluantes comme, par exemple, le lignite. Ne parlons même pas des énergies renouvelables qui, malgré un taux d’ensoleillement record et des vents favorables, reste encore marginales à l’échelle du territoire. La véritable ressource reste encore et toujours le pétrole, dont le coût connaît une  hausse vertigineuse depuis 2 ans. Cette pression financière pousse  la Grèce et de plus en plus de pays européens à se tourner vers le gaz naturel. Et les gisements énormes de la Russie sont les seuls (pour l’instant) sur le continent à concurrencier sérieusement les gisements d’Azerbaïdjan qui, pour prometteurs qu’ils sont, restent bien compliqués à exploiter et à distribuer.
Mais South Stream est aussi l’occasion pour la Grèce de renforcer son influence, jusqu’ici assez limitée, sur la scène géopolitique européenne. Car tout pays abritant un tronçon de gazoduc desservant les pays européens devient de facto stratégique. Non seulement cela pousse t’il les partenaires à prèter une oreille, disons... attentive, aux intérêts du pays en question ; mais cela peut aussi offrir un moyen de pression.

Intérêts russes, irritation américaine et avenir énergétique de l'Europe
Les bénefices liés à l’exploitation de ses ressources énergétiques (gaz et pétrole) représentent, selon les experts, de 25 à 30% du PIB de la Russie. Mais en dehors de ces avantages purement économiques, la Russie use aujourd’hui de sa position dominante sur ce marché de l’énergie pour renforcer son influence dans toute l’Europe. Et c’est bien cela qui inquiète les Etats-Unis et provoque la vague de contestation américaine observée ces derniers jours. Ainsi du vice ministre adjoint aux affaires étrangères américain, Matthew Braiza, qui exprimait la semaine dernière, "la contrariété des Etats-Unis suite à la signature de l’accord entre la Grèce et la Russie pour la construction du gazoduc South Stream’’. Dans des déclarations à une chaîne privée de télévision, l’officiel américain a laissé entendre que "la Grèce s’était jouée des Etats-Unis et que le choix qu’elle avait fait avec South Stream pourrait éventuellement mettre en danger la sécurité énergétique des pays d’Europe".
Une lecture évidemment possible si l’on considère le niveau de dépendance envers les importations russes de gaz naturel que devrait connaître l’Europe d’ici peu. Le niveau actuel de 40% est déjà significatif.  La question qui vise à dire que l’énergie, en tant que secteur vital, devrait  faire l’objet de prudence est légitime. Et l’Europe cherche d’ailleurs à diversifier ses sources d’approvisionnement. Chaque gisement découvert aiguise les appétits. Le seul projet d’envergure susceptible de concurrencer South Stream – le projet Nabucco qui contourne la Russie et prend sa source en Azerbaïdjan –a soulevé beaucoup d’enthousisasme et rencontré l’adhésion de nombreux pays européens. Malheureusement Nabucco connaît des retards et des ajournements répetés. Et ne menace finalement pas vraiment le monopole russe.
L’exemple de la crise ukrainienne de 2006 n’est pas des plus encourageants. Engagée dans un bras de fer avec l’Ukraine pour renégocier le prix du gaz livré à son voisin, la Russie n’avait pas hésité à réduire drastiquement son approvisionnement, entraînant une pénurie inquiétante pour les pays européens situés en bout de gazoduc.
Adéa Guillot (www.lepetitjournal.com/athenes.html) jeudi 8 mai


 
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