| Ecrit par Colette DEHALLE,
le 06-05-2008 23:04
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Mardi dernier, deux habitantes de l’île de Lesbos, appelée aussi Mytilène du nom de la capitale, et Dimitris Lambrou, rédacteur en chef de "Davlos", revue historique nationaliste, ont fait savoir qu'ils s’étaient adressés à la justice pour obtenir l'exclusivité du terme «lesbien». Il n’est pas inutile de préciser qu’on l’emploie partout dans un tout autre sens depuis bientôt un siècle et demi !
Sappho et Alcée - peinture de Lawrence Alma-Tadema (1881)
Ils soutiennent que l’usage du mot par des personnes n’ayant aucun lien avec cette île, grande comme un cinquième de la Corse, située en mer Egée orientale, à moins de cent km des rivages turcs, est abusif et perturbe considérablement la vie des quelque 100 000 insulaires. Aussi ces plaignants réclament-ils de la justice qu’elle interdise à Olke, Union grecque des homosexuels et lesbiennes, de continuer à porter ce nom. Ils ont même ajouté que c’était une «insulte à l'identité» des habitants de Lesbos. L’affaire doit d’ailleurs être jugée le 10 juin prochain à Athènes. Pour Dimitri Lambrou qui s’exprime sur son site et dans "Du malheur d'être Lesbien(ne)", les habitants de l’île sont victimes d'un "viol psychique et moral" à cause de cette "confiscation" par les homosexuelles, d'un qualificatif qui ne devrait avoir qu’une signification géographique. Et de poursuivre «Ma soeur ne peut pas dire qu'elle est une lesbienne, notre identité géographique a été usurpée par certaines femmes qui n'ont aucun lien avec Lesbos.» Il précise que ce n’est nullement un acte agressif à leur égard mais une juste revendication, d’autant plus qu’il est très difficile de distinguer chez Sappho célèbre poétesse vivant à Lesbos au VIIe siècle avant Jésus-Christ la part de la légende, quelques sources en font une mère de famille qui s'est suicidée à cause d'un homme ! Il n’est pas inutile de dire également que sur la côte ouest de l’île, se trouve Skala Eressou où Sappho vit le jour, la petite station balnéaire est devenue un des hauts lieux mondiaux du tourisme lesbien. Evangélia Vlami, une des responsables d'Olke pour qui «cette affaire est totalement ridicule et une blague de mauvais goût à la limite de la discrimination», ajoute que l’association saura se défendre lors du procès. Et de renchérir «Je ne vois pas en quoi le mot est une insulte, on ne peut quand même pas remettre en cause les dictionnaires. Même les Nations unies parlent de nous comme des lesbiennes!». En attendant l’issue du procès, on ne peut que conseiller aux habitants de l’île de se contenter de déclarer qu’ils sont grecs !
Colette DEHALLE. www.lepetitjournal.com - Monaco
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