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Chez nous, comme partout, il y a un bawab. Portier, gardien, concierge... En tout cas, un saïdi, un homme du sud. Il n y a pas ici de gardien qui ne soit saïdi. Avec un turban, une longue robe - la robe masculine a des manches et un bas très évasé, en forme de tulipe, c'est très joli lors des danses populaires, quand ils tournent - et une grande obséquiosité.
De toute façon, le bawab n'a pas le choix : il doit être obséquieux, on l'a pris pour ça. A la différence de nos rares concierges qui sont dans l'escalier exclusivement de 14 à 16h, le bawab est taillable et corvéable à merci. En échange d'un logement exigu qu'on n'oserait pas appeler une loge, et d'un salaire minimal, il fait les courses, monte les cartons d'eau, nettoie les voitures tous les matins, va vous chercher un taxi... S'il ne le fait pas, d'autres font la queue pour prendre sa place. Le nôtre a trois enfants, il faut qu'il les nourrisse. Alors, à partir de 11h du matin, il est assis en bas, à côté de l'interphone. Chez nous, l'usage de l'interphone est inversé. Les habitants de l'immeuble l'utilisent pour l'appeler. Du bas, on entend: - chkrwww (l'interphone grésille) - Ya Saïd !( Ô Saïd - le vocatif existe toujours ici) - kilo tamatem! (un kilo de tomates!) Et Saïd, dix, vingt, trente fois par jour, va faire les courses, une seule chose à la fois - encore, on pourrait lui demander des achats groupés ? Mais non... - , monte l'escalier, baisse la tête... Mais tout ceci fait partie d'un rôle. On dit que le bawab en Egypte sait beaucoup de choses. Qu'il est le relais favori de la police, indicateur privilégié pour les affaires de moeurs et politiques. Le bawab touche une grosse commission à chaque vente d'appartement, et parfois aussi lors des locations : les agences immobilières n'existent quasiment pas, le commercial, c'est lui. Et puis, chaque fois qu'il fait ses courses, un arrondi délicat lui permet, petit à petit, de mettre de côté. Les oeufs, Saïd les achète à sa soeur, et ils partagent les bénéfices. Avec lui, la viande est toujours à 34 livres le kilo : c'est son prix, même si le morceau du jour a été acheté à 30... Jo (www.lepetitjournal.com – Alexandrie) vendredi 9 mai 2008 |