| Ecrit par Céline DANCKERT,
le 13-05-2008 00:00
|
|
Jusqu’au 10 août, la Kunsthaus de Hambourg propose à ses visiteurs de vivre une expérience aux frontières de la mort par le biais d’une exposition très particulière Aux côtés de chaque portrait, un texte nous relate l'identité et l'histoire de ces personnes (Photo. C. Danckert)
Dans une vaste salle aux murs blancs et à l’atmosphère aussi aseptisée qu’une chambre d’hôpital, sont accrochés deux par deux de grands portraits en noir et blanc. Il s’agit de photos de femmes, d’hommes et d’enfants ayant transités par l’hospice. A gauche, les yeux ouverts fixant l’objectif de l’appareil qui les immortalise, ils sont vivants. A droite, le plus souvent les yeux clos, ils sont morts. Cette exposition d’une grande sobriété est l’œuvre d’un couple, Walter Schels et Beate Lakotta, un photographe et une journaliste qui, devant leur différence d’âge, se sont penchés sur ce tabou qu’est la mort. Ils ont travaillé une année dans un hospice au contact des malades et des mourants et en ont rapporté 24 portraits. Le résultat en est poignant.
Visages troublants Un texte explicatif donne à chaque fois l’identité de la personne photographiée et relate son histoire. Premier portrait, Michael Lauermann, manager de 56 ans, atteint d’une tumeur au cerveau découverte six semaines plus tôt. Il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre mais il se refuse à parler de la mort, revenir sur sa vie bien remplie lui paraît plus intéressant. Il n’a de toute façon pas peur de mourir. Trois jours plus tard, une bougie brûle devant la porte de sa chambre en signe de deuil. Jan Andersen, 27 ans, séropositif, dont le visage parsemé de tâches de rousseur est infiniment beau et troublant de féminité. Sur sa photo mortuaire en buste, dans son sweat-shirt à capuche, une rose fanée sur la poitrine, il ressemble à un saint. L’émotion devant les images et les textes est indescriptible. On passe de photo en photo la gorge serrée. (Photo. C. Danckert)
"Peut-être un miracle aura-t-il lieu" Les visages, rongés par la maladie, délaissent leur masque de souffrance une fois franchi le grand pas. Tous paraissent avoir trouvé un même repos. Pourtant, combien sont différentes les attitudes face à la mort. Roswitha Pacholleck, 57 ans, qui découvre sympathie et chaleur humaine au milieu des autres patients de l’hospice, déclare : "Ma raison sait que je vais mourir. Mais peut-être un miracle aura-t-il lieu." Beate Taube, 44 ans, souffrante d’un cancer, adresse cette prière aux journalistes venus recueillir son histoire : "Vivre encore un été. Partir une fois encore avec mon mari à la mer. Ne pas mourir déjà, plutôt à l’automne". Elle décède en mars. A contrario, Walter Wegner, 81 ans, dont les yeux impatients nous fixent derrière ses lunettes, demande pourquoi il ne meurt toujours pas. Une exposition dont on ressort bouleversé. Céline DANCKERT. (www.lepetitjournal.com/hambourg.html) mardi 13 mai 2008 Noch mal leben vor dem Tod http://www.noch-mal-leben.de/ 4ème Triennale de la photographie Kunsthaus Hamburg http://www.kunsthaushamburg.de/ Klosterwall 15 20095 Hamburg Ouvert du mardi au dimanche de 11 à 18 heures Entrée 6€
|