|
Parce qu’elle a allumé la fièvre de l’indépendance, la date du 2 mai est à elle seule monument historique. Génératrice de légendes et de héros, c’est un élément clé de la mémoire ibérique. Parce qu’elle a été une révolte populaire enfin, elle est à l’origine de la conscience nationale espagnole El 3 de mayo de 1808 en Madrid: los fusilamientos en la montaña del Príncipe Pío de Francisco de Goya (Photo Musée du Prado)
En mai 1808, la France est encore la maîtresse de l’Europe. Napoléon Bonaparte domine la majeure partie du continent avec son impériale armée. L’Espagne, nostalgique du Siècle d’Or, subit les méfaits d’une monarchie décadente, tout en croyant jouer le rôle d’allié de la toute puissance française. Après Trafalgar en 1805, c’est le traité de Fontainebleau qui, signé en 1807, prévoit l’invasion conjointe du Portugal. Tandis que l’armée espagnole envahit son voisin, les grognards menés par le général Junot récoltent les lauriers de la prise de Lisbonne en octobre 1807. Par la suite, les troupes françaises s’installent toujours plus nombreuses à "l’arrière" : Barcelone, Pampelune, Saint Sébastien. Le prétexte ? Couvrir les troupes de Junot. En réalité Napoléon a décidé d’intégrer son vassal à l’Empire. Lorsqu’il nomme son beau-frère le maréchal Murat comme lieutenant général de l’empereur en Espagne, le masque tombe. Son arrivée à Madrid le 20 février 1808 fait frémir les milieux gouvernementaux. Le trône espagnol est destiné à Joseph, le frère aîné de l’empereur.
Une Révolution populaire Le 2 mai, au petit jour, les derniers membres de la famille royale doivent être évacués du palais. Spontanément rassemblé, le peuple se rue sur les carrosses. Murat donne la charge contre la foule et la révolte s’étend comme une traînée de poudre de la Puerta de Toledo à la Plaza Mayor. Artisans, commerçants et autres manants brandissent des barricades, tandis que la plupart de l’armée espagnole reste cantonnée dans les casernes. La répression est massive : les exécutions se succèdent toute la nuit et jusqu’à l’aube sur la montagne Principe Pío. Goya ne peindra son chef d’œuvre que quelques années plus tard, pourtant à l’aube du 3 mai, une nation s’est levée. Et l’Espagne s’embrase vers son indépendance. Caroline RODRIGUEZ. (www.lepetitjournal.com- Madrid) mercredi 30 avril 2008
|