Elle est née en Argentine mais écrit en français. Elle a préféré sa langue
d'adoption à sa langue maternelle pour exprimer ses sentiments et son
imaginaire. Elle sera l'une des intervenantes, demain, lors d'une
table-ronde exceptionnelle organisée au salon du livre

(Laura Alcoba / Photo de Barbara Vignaux) "Ma langue, c’est le français", affirme, sans ciller, Laura Alcoba. C’est la langue qu’elle a choisi pour écrire son premier roman, Manèges (Seuil, 2007), traduit en espagnol (par Leopoldo Brizuela) sous le titre La casa de los conejos (Edhasa, 2008). A priori, aucune raison pour qu’il en soit autrement : arrivée en France à l’âge de dix ans, Laura Alcoba a suivi un parcours universitaire impeccable (Normale Sup, agrégation, doctorat). Mère de trois enfants, elle est aujourd’hui maître de conférences en études hispaniques à Paris X-Nanterre et, à l’occasion, traductrice. Parfaitement intégrée à la société française dans laquelle "elle se sent bien", elle n’entretient pas de rapports privilégiés avec la communauté argentine. Depuis son départ d’Argentine, en 1979, elle n’y a effectué que cinq séjours, dans un cadre vacancier. Et elle a débuté l’écriture d’un second roman… toujours dans la langue de Molière.
L'Argentine toujours présente Mais l’Argentine n’a pas disparu de la vie de la jeune femme. Après quatre années d’études en lettres modernes, dominées par les textes français, elle bifurque vers les études hispaniques : "Je voulais réconcilier les sphères de ma langue maternelle et de ma langue d’adoption". Pour son mémoire de maîtrise, elle vient à Buenos Aires à la recherche d’archives. Sa thèse ? Ecrite en français, elle porte sur un texte – anonyme – écrit en espagnol à la moitié du 16e siècle et jamais traduit. Un texte, explique-t-elle, "qui soulève la question du regard sur l’autre, de la tolérance". En 2003, s’impose à Laura Alcoba le besoin de revoir la "maison aux lapins", qui servait de couverture à une imprimerie clandestine des Montoneros, durant la dictature militaire, et où elle a passé quelques mois, petite fille, avec sa mère (son père étant en prison). Ce séjour donnera naissance, trente ans plus tard, à son livre, qu’elle qualifie de "construction romanesque à partir d’un matériau autobiographique".
"Pourquoi survit-on?" Et de multiplier les précautions : "Il ne s’agit pas d’un témoignage, ni d’un propos politique, mais d’un récit écrit avec un regard enfantin. Les questions qui m’intéressent sont : pourquoi survit-on ? Quand les chemins entre les vivants et les morts se séparent-ils ?". Précautions parfois vaines. Quoique "desconectada" des débats politiques hérités des années 70, elle est confrontée au double reproche de "pro-montonero" et de "planquée". Les propos agressifs restent rares, cependant. En revanche, grande est la curiosité médiatique et populaire que suscite sa venue à Buenos Aires, à l’occasion de la 34e Feria del Libro. L’occasion, pour Laura Alcoba, de revoir son pays différemment. Et pour nous, de faire sa connaissance. Tant mieux. Barbara VIGNAUX. (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) mardi 29 avril 2008
A 18 heures, demain, à la Feria del Libro, Laura Alcoba participera à une table ronde aux côtés de Vassilis Alexakis et Brina Svit sur le thème : "De la langue maternelle à la langue d’adoption".
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