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RENCONTRE- Adrian Niculcea, prêtre orthodoxe

Ecrit par Jules Ravaud, le 23-04-2008 00:00

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A quelques jours de la célébration de la Pâque orthodoxe, Lepetitjournal a rencontré Adrian Niculcea, prêtre à l’église Pogorarea Sfantului Duh (quartier Titan) de Bucarest

Adrian Niculcea (photo LPJ)

Lepetitjournal.com : Que représentent les fêtes de Pâque pour les Roumains ?
Adrian Niculcea : Tout le grand Orient orthodoxe considère que la fête de la résurrection, c’est-à-dire la Pâque, est la plus grande fête chrétienne. Pour nous, c’est plus important que la naissance de Jésus. La Pâque est précédée d’un jeûne de quarante jours, c’est notamment pour cela que l’on prépare beaucoup de choses à manger. Mais cette fête reste exclusivement religieuse en Roumanie. En Occident, et pas seulement en France, vous avez un concept différent de la religion, la Pâque chez vous est devenue une fête à caractère plus social. En Orient, on conçoit la religion par le prisme platonicien : le monde éternel est plus important que le monde réel. Chez les Catholiques, la réalité correspond au monde de la finitude, de l’expérience. C’est d’ailleurs pour cela que la religion est plus ancrée en Orient alors que l’Occident s'est centré sur les sciences.

Comment la croyance religieuse a-t-elle évolué dans la société roumaine depuis la chute de Ceausescu en 1989 ?
Les gens ont beaucoup souffert durant le communisme et en 1989 ils ont pu se libérer d’un point de vue religieux. Aujourd’hui, les églises sont pleines car les gens n’ont plus peur. Un deuxième aspect est celui de l’introduction de l’enseignement religieux à l’école et même à la maternelle. Cela a permis de sensibiliser les jeunes sur la question et aujourd’hui ils sont nombreux à venir à l’église. La religion est également retournée dans les établissements sociaux, comme les hôpitaux, les orphelinats, les maisons de retraite ou les prisons. En fait, la religion redevient le centre de la vie civile afin d'orienter l’esprit de toute la société.

Il existe pourtant des critiques de cette société civile roumaine à l’égard de l’Eglise orthodoxe. La présence d’icônes religieux dans les salles de classe ou la construction de la cathédrale Mântuirea Neamului à Bucarest sont des sujets très controversés…
Je vais commencer par une question : qui représente cette société civile qui nous critique ? Une centaine de jeunes ou quelques professeurs pseudo intellectuels ? Nous, nous pensons que la société civile, c’est la masse. Et la masse est à 90% orthodoxe en Roumanie. Il est vrai que ces gens qui critiquent ont le droit d’exprimer leurs opinions, mais ils doivent discuter avec nous sur la question avant de déposer des plaintes. Et ça, ils ne le font pas. Je sais qu’il existe un regroupement d’associations de la société civile qui souhaite stopper la religion dans les écoles. Mais beaucoup d’entre eux sont des néo-protestants, comme les adventistes et les témoins de Jéhovah. On comprend mieux pourquoi ils en veulent à la religion orthodoxe. En ce qui concerne la cathédrale Mântuirea Neamului, ce n’est pas un problème religieux, mais politique. Moi, je n’ai rien pour ni rien contre. C’est l’affaire du Patriarche qui veut faire de cette cathédrale un symbole de l’orthodoxie roumaine.
Propos recueillis par Jules RAVAUD. (www.lepetitjournal.com - Bucarest) mercredi 23 avril 2008

Des voix qui s’élèvent contre l’Eglise orthodoxe roumaine
L’apparition d’une société civile critique à l’égard de la place qu’occupe la religion orthodoxe dans la société roumaine est relativement nouvelle. La figure de proue de ce mouvement est l’association "Solidarité pour la liberté de conscience" présidée par Remus Cernea (voir son interview : Remus Cernea) qui se bat, entre autres, pour le retrait des icônes dans toutes les salles de classe du pays et pour un programme scolaire plus critique à l’égard de la religion. Elle demande notamment la réintroduction de la théorie de l’évolution de Darwin, enlevée des manuels scolaires à la fin de l’année 2006. Cette association a également pris part aux protestations contre la cathédrale Mântuirea Neamului en déposant une plainte dénonçant l’attribution de fonds publics pour la construction de l’édifice pour un montant de 400 millions d’euros. J.R.

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