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LECTURE - Myriam a lu : Les sirènes de Bagdad Suggérer par mail
vendredi 18 avril 2008

Les sirènes de Bagdad de Yasmina Khadra. Aucun nom de traducteur… Est-il possible que cet officier algérien manie notre langue ainsi ? C’est d’une érudition rare, c’est écrit au cordeau avec une intelligence, une finesse, une justesse incroyable. Les mots sont forts, ciselés, choisis avec soin. C’est un régal de lecture.

Encore une fois je suis fascinée par ces francophones si brillants.
Mais le livre est dur et si je m’étends sur le style aussi longuement, est-ce pour éviter les questions douloureuses que nous pose ce livre ?
Sommes-nous tant haïs par les arabes ? Sommes-nous vraiment tels qu’ils nous voient ? Sommes-nous les SEULS responsables de ce chaos ? Ou bien est-ce seulement confortable pour eux de le penser ? Sont-ils aussi fiers ? Sont-ils tous autant remplis de ressentiments que les héros de ce livre ?
J’admets que nous puissions être la cause qui pousse une certaine frange de musulmans à l’extrémisme mais je ne m’en sens pas responsable.

Pour moi, c’est essentiel cette différence.
Oui, certainement, pour certaines personnes nos valeurs et notre mode de vie peuvent être choquants et ne pas s’accorder à leurs croyances, mais ce n’est pas ma faute. J’ai le droit de vivre ainsi et il a le droit de vivre comme il veut…dans le respect les uns des autres. Une autre vision du monde. Je ne veux plier personne à ma façon de voir, mais je ne veux pas que l’on m’oblige à voir autrement. Il manque la tolérance dans ce livre. Il y a les bons et les mauvais… et les mauvais, clairement, c’est nous, les non-arabes.
Ce livre est rempli de haine, de désespoir, de misère, de malentendus, d’honneur, mal placé parfois (souvent), de douleur et de destruction, de hiérarchie, de misogynie, de mépris. En effet, où sont les femmes ? Une sœur vestale, une mère transparente, une sœur maudite, une ou deux vierges… et puis ? Ce monde d’hommes et de violence est terrible.
Les arabes nous haïssent, savent-ils seulement pourquoi ? Les Américains les haïssent aussi et ont peur, alors ils tuent, dans le doute, avec violence, rancœur et inhumanité comme ils tueraient un gibier. Les hommes sont déshumanisés… Des bêtes contre des bêtes. Ce livre nous renvoie à la peur ancestrale, celles des autres et de leur différence, c’est sectaire, communautaire et tribal.

Ce livre fait peur.
La 1ere partie (116 pages tout de même) est consacrée à ce village perdu d’Irak où la vie s’écoule indolente et dans une extrême pauvreté, et j’y ai retrouvé des accents Cosseriens. Paresse, inaction, résignation, fatalisme, mouvements lents, soumission passive aux règles de la tribu, respect des anciens par fainéantise. Cossery est un auteur Egyptien qui m’est cher et pour qui tout cela symbolise un style de vie, pas ou peu de possession, apologie de la paresse et du détachement. Photos dossier de presse - Yasmina Khadra et son livre
C’est ainsi que vit ce village, de quoi ? Comment ? Où trouvent-ils le peu d’argent qui leur est nécessaire ? On ne le sait pas… Mais pas de leur travail en tous cas.
Puis survient le drame, limite incompréhensible pour un occidental, sinon la violence et la brutalité. Le fondement même de la prise de conscience du héros et son revirement nous semblent complètement disproportionnés. Preuve s’il en était que nos cultures et nos valeurs sont différentes, mais ni meilleures ni pires.

Puis c’est la descente aux enfers…que je vous laisse découvrir.
Y a-t-il une once d’espoir ? Oui, peut-être mais je n’en suis pas sure. J’aimerai savoir pourquoi l’auteur nous en veut tant. Bien sur je n’occulte pas l’occupation Française de l’Algérie et nos exactions là-bas mais quand même, quelle haine, quelle violence !
C’est un livre à lire ABSOLUMENT si on veut avoir une idée du "pourquoi nous ne nous comprenons pas".
Et de "comment on peut devenir terroriste", par une suite de hasard malheureux et d’incompréhension, de misère et de haine, de désespoir (dé-espoir).
Un livre bouleversant malgré sa noirceur.
Et pour conclure, une phrase de Molière que pourraient méditer les américains : "Mais que diable sommes-nous allés faire dans cette galère ?"
Myriam GOHAR. (www.lepetitjournal.com - Alexandrie) vendredi 18 avril 2008

 
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