| Ecrit par SANTIAGO,
le 04-05-2008 23:00
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Médecin gynécologue et spécialiste du sein, Manuel Gallardo a l'accent de Montpellier, où il a fait son post-doctorat, quand il vous déclame un poème. Ha si ses diagnostics pouvaient être aussi chantants!
On ne s’attend pas vraiment à voir un spécialiste du cancer du sein vous déclamer un poème de son cru, en français, dans un cabinet médical de Providencia. Cela devrait arriver plus souvent. Manuel Gallardo, poète et "écorché vif", comme il se définit lui-même est "franco-aimant", encore un mot à lui. Il ne s’est pas trop d’où lui est venu cette passion, à laquelle rien ne le prédestinait dans son milieu modeste du vieux Santiago où il réside toujours : "J’ai toujours aimé la poésie française, et l’éducation publique d’alors, c’était autre chose, précise-t-il. Après mes études de médecine, j’ai pris des cours de français à l’Institut chileno-frances et fait partie de la troupe de Théâtre, on a même joué Andromaque", se souvient-il enthousiaste. Mais le déclic qui le conduira à Montpellier ,où il a aujourd’hui "son meilleur ami" et son "père spirituel" est venu plus tard sous la forme d’une conférence à Santiago du grand sénologue Jean-Louis Lamarque du CHU de Montpellier. Fasciné il évalue alors les possibilités de rejoindre son équipe. Aujourd’hui il pense avoir été "pistonné" pour obtenir la bourse de l’Ambassade de France, en août 1984, tant son niveau de français était modeste. Un piston de quelqu’un de bien inspiré, visiblement. S’il a pataugé les premiers mois, "de sa plus belle expérience de vie" en réécoutant les cassettes des cours de la veille, pour améliorer son français, côté professionnel, il a su se faire apprécier à Val d’Aurelle qui est, après Villejuif, le deuxième centre de traitement du cancer du sein en France. Rentré au Chili à 32 ans, en pleine dictature, il n’a cessé depuis de faire des allers-retours avec l’hexagone, quoi qu’un peu moins depuis qu’il est marié et a quatre enfants.
Les belles histoires En France, la maladie touche une femme sur dix contre une sur seize au Chili. Autant dire que la recherche y est effervescente. Mais de sa médecine, il apprécie "le côté humain" à l’écoute des patientes, contrairement aux Etats-Unis où "le culte de la performance et le couperet de la justice gâchent tout ". Il aime d'ailleurs citer l’une de ses nombreuses histoires comme autant d’hymnes à la France qui rendraient leur fierté gauloise aux plus désabusés: celle de cette chilienne, mal opérée d’un cancer, du sein, porteuse d’une terrible rechute et…enceinte de 5 mois. Désespéré par son cas, il en appelle alors à son "père" à Montpellier, le professeur Henri Pujol. Celui-ci lui promet de la prendre en charge intégralement, s’il arrive à la faire venir de Santiago. Le lendemain Manuel Gallardo déboule en toute innocence dans le bureau du directeur d’Air France d’alors, Monsieur Lhomme qui lui promet une solution rapide. Ne disposant plus de places sur les prochains vols pour Paris, celui-ci lui tend finalement une liasse de pesos pour acheter à la concurrence, deux billets, déjà réservés. Le bébé, une fille née à Montpellier, 20 ans aujourd’hui, et a donc la nationalité française. Mais pas le temps d’égrainer les nombreuses anecdotes qu’il voudrait d’ailleurs un jour consigner par écrit, Manuel Gallardo enfourche son vélo pour rejoindre la "clinica Santa Maria" où déjà l’attendent d'autres patientes. Sophie ROUCHON. (www.lepetitjournal.com Santiago) lundi 5 mai
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