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En France ou en Irak, trois voix se croisent, se superposent et constatent l'état des choses. La corpulence du monde de Dominique Sigaud tente d’embrasser l'époque et assiège le malaise pour mieux le définir
Clifford Moncrief, 28 ans, est un soldat britannique, membre des SAS, basé en Irak. Sa vie est bien réglée, entre ses camarades, la chaleur et l'attente. Il y a quelque chose de tendu et de routinier dans son rythme, teinté peut-être d'une désillusion, d'une résignation. Jean-Michel Largen vit à Marseille où il s'apprête à commettre le pire des crimes. Après avoir empoisonné les deux enfants de sa compagne, il est sur le point de tuer Paul, son propre fils. Ailleurs, toujours dans le sud de la France, Anna Alma est romancière et compose le récit d'une journée dans la vie de trois personnages. Ainsi va le récit mis en place par Dominique Sigaud, dans le but clair de "tenter de voir une journée engendrée par le monde occidental, ses règles, sa folie".
Une part de l'ombre Certains auteurs ont le sens du titre dense. Dominique Sigaud est de ceux-là. Après L'Hypothèse du désert ou L'inconfort des ordures, La corpulence du monde sonne comme un programme, comme une définition compacte de cet insaisissable réel après lequel court l'écrivain -peut-être comme chaque écrivain. Son expérience de reporter de guerre en arrière plan, Dominique s’attaque à son sujet avec un courage qu'il faut saluer et réussit pour une grand part à emporter l'adhésion. Le double effet de miroir et d'abîme du personnage de l'auteur, écrivant le livre que l'on est en train de lire, sent parfois un peu l'artifice. Mais sa description de la vie militaire est forte, et la froide normalité de son infanticide glaçante. On ferme le roman polyphonique de Dominique Sigaud comme déséquilibré, ayant aperçu une composante instable et sombre du lot commun. Jean-Marc JACOB. (www.lepetitjournal.com) mercredi 23 avril 2008
Également en librairie : - La faute à Mick Jagger, Cyril Montana (Le dilettante) Après Malabar trip et Carla on my mind, Cyril Montana donne avec un talent cinglant dans le souvenir d'enfance traumatisant. Les soixante-huitards ne font pas forcément de formidables parents. C'est un peu la leçon de La faute à Mick Jagger, ou la rude vie de Simon. Le roman alterne chapitres contemporains à la première personne, où les amours sont compliquées et les mères à demi folle, et le récit d'une enfance calamiteuse et trimballée, épouvantablement solitaire et anxiogène. Vif, distancé et surtout… rock'n roll ! 224 p, 17€ JMJ. (www.lepetitjournal.com) 23/04/08
- Léger, humain, pardonnable, Martin Provost (Seuil) Souvenirs d'enfance toujours, mais tonalités plus sourdes avec Léger, humain, pardonnable de Martin Provost. La chronique familiale du narrateur se défait au fil des changements de lieux, de la perte de son frère. La mémoire reconstitue la sortie de l'enfance entre huit et vingt ans, et évoque l'éveil des sens avec un cousin voyou. Une reconstitution attentive du paysage intime des origines. 234 p, 18 €. JMJ. (www.lepetitjournal.com) 23/04/08
- Le pianiste de Trieste, Aliette Armel (Le passage) Le pianiste de Trieste est un roman musical et cultivé. Il foisonne de références et invoque souvent la mémoire de Joyce. Son héroïne anime une émission sur France Culture. Elle vient d'essuyer ce qu'elle considère comme une rupture amoureuse. Tout à sa douleur, elle se réfugie dans une maison en Bretagne, ayant appartenu à son père, pianiste. Son séjour est l'occasion d'une plongée dans les obscurités de sa filiation et une occasion de renouer avec elle-même. 266 p, 17€ JMJ. (www.lepetitjournal.com) 23/04/08