| Ecrit par Jean Pierre Sovannavong,
le 15-04-2008 23:00
|
|
En lançant son Parti des Droits de l’Homme il y a maintenant un an, Kem Sokha aura créé le premier évènement d’une campagne électorale désormais bien lancée. Mais au delà d’un buzz politique réussi a t-il réellement les moyens et l’envie d’influer durablement sur le paysage politique cambodgien ? Du Parti Son Sann au Funcinpec Sam Rainsy le rappelait alors récemment, les précédentes expériences électorales de Kem Sokha n’ont guère été probantes. Secrétaire général du Parti Libéral Démocratique Bouddhiste puis de son avatar du Parti Son Sann, Kem Sokha n’aura pu empêcher l’effondrement de cette mouvance FLNPK* minée par les dissidences. Disposant de 10 députés en 1993, et entrant à ce titre dans le premier gouvernement de coalition, les sonsanniens disparaissent de la scène politique 5 ans plus tard, Kem Sokha, organisateur dépité de leur campagne électorale, ralliera finalement le Funcinpec alors qu’il ne cache guère en privé ses sentiments républicains. Nommé sénateur, Kem Sokha passe son mandat à préparer son retour au premier plan. "En 5 ans il n’aura que rarement pris la parole lors des réunions du Sénat " raconte un de ses ex-collègues, encore irrité de l’attitude d’un Kem Sokha qui s’empressa de "dénoncer l’inutilité du Sénat et de ses membres" une fois sa démission déposée. Du coup, en 2002, Kem Sokha précède de quelques mois la fin de son mandat pour démissionner et lancer son Centre Cambodgien des Droits de l’Homme.
Le CCDH comme tremplin Soutenu par les américains, et plus particulièrement par l’administration républicaine, le CCDH parvient rapidement à étendre son réseau de militants à l’ensemble des provinces. Bénéficiant du soutien des partis PSR et FUN, les forums du Centre deviennent un lieu d’échanges et de débats très apprécié des politiciens et des électeurs peu habitués à pouvoir s’exprimer aussi directement. Aux côtés des animateurs de la radio Sambok Khmum et de la Licadho, Kem Sokha apparaît alors comme une des figures de proue de la société civile. Intelligemment, il choisit de rester au Cambodge lorsqu’en décembre 2006 il est inculpé, avec plusieurs autres activistes, pour diffamation par le gouvernement. Incarcéré durant 17 jours, Kem Sokha bénéficie d’une mobilisation importante de la diaspora cambodgienne en vue de sa libération. Sa très médiatique sortie de prison fait l’objet de vives critiques, ses détracteurs lui reprochant la politisation du centre et de ses ressources. Un retour gagnant mais critiqué Lorsque le Prince Sisowath Thomico choisit de lancer son Front Sangkum Jatiniyum, Kem Sokha est ulcéré et choisit d’attaquer ceux de ses anciens camarades du PDLB qui rejoignent le Prince et son éphémère parti. La ligne de Kem Sokha est alors clairement politique, et plusieurs dirigeants de l’opposition lui demandent de s’exprimer clairement sur ses intentions. Promettant qu’il entends rester, à la tête du CCDH, à l’écart du champ politique, Kem Sokha assiste en observateur aux dernières élections communales. Ses relations se tendent toutefois avec le PSR qui boycotte ses forums. Laissant planer le doute plusieurs mois sur ses intentions, Kem Sokha annonce finalement en avril 2007 le lancement de son Parti des Droits de l’Homme. Autour de quelques personnalités**, le PDH dispose du réseau militant du CCDH. Une confusion des genres qui agace ses anciens alliés de la société civile. "Ces gens sont des agitateurs sans poids réel" répond Kem Sokha quand un regroupement des 24 associations lui demandent de renoncer au nom PDH. Bien que salué à sa création par Sam Rainsy, le PDH apparaît désormais comme le rival du PSR. Les efforts en vue d’une réunion des forces de l’opposition auront tous échoué. "Kem Sokha a préféré créer sa propre formation" analyse un diplomate, au risque de "diviser l’opposition et en lui ôtant ainsi tout espoir de victoire lors des prochaines élections". Une analyse que ne partage pas Kem Sokha, selon lui "4 millions de vote devraient se porter sur son parti" lui assurant une courte victoire. "1 million des absentions du dernier scrutin, 1 million d’anciens électeurs du FUN, 1 demi million du PSR, et enfin 2 millions du PPC", Kem Sokha semble fort en mathématiques, reste à prouver si les électeurs suivront son calcul. (www.lepetitjournal.com Cambodge) mercredi 15 avril 2008 * FLNPK : Front de Libération Nationale du Peuple Khmer, dirigé par Son Sann. Il regroupait au sein de la résistance les forces nationalistes pour la plupart issues des anciennes forces républicaines. Le FLNPK était un des signataires des accords de Paris de 1991. ** Son Soubert, le propre fils de Son Sann et ancien président du parti du même nom, et Keo Remy ancien député FUN puis PSR
|