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Invité par l’ambassade, Frédéric Beigbeder était de passage il y a quelques jours à Mexico pour la promotion de Último inventario antes de liquidación. Connu en France pour ses frasques télévisuelles et littéraires, il évoque le monde, les belles lettres et la politique avec une touche de son incontournable dérision
« Un écrivain qui fait de la politique, c´est sûr qu´il va dire des conneries » (Photo : AFP)
Lepetitjournal.com : Dans Dernier inventaire avant liquidation vous faites la critique du top 50 des romans du XXème siècle. Quel regard portez-vous sur la littérature naissante du XXIe siècle ?
Frédéric Beigbeder : Les auteurs, surtout aux Etats-Unis ou en Angleterre, comme Foster Wallace ou Bret Easton Ellis, ouvrent une nouvelle voie au roman. Cette génération nous propose une littérature pour survivre dans cette époque si bizarre, unique, où le capitalisme a effacé nos repères. Au XXIème siècle, les romanciers écrivent pour trouver un moyen d´empêcher la fin du monde, de l´espèce humaine. LPJ : Ca vous plairait de figurer dans cette liste pour le XXIème siècle ?
FB : Oui bien sûr ! Mais je me demande si ça ne serait pas plutôt pour le succès qu´ont mes livres que pour leur qualité… LPJ : Chez les romanciers contemporains, voyez vous déjà des classiques que les collégiens étudieront dans 80 ans ?
FB : American Psycho (de Bret Easton Ellis) est déjà un classique, Particules Elémentaires (de Michel Houellebecq) aussi, ainsi que les œuvres de Victor Pelevine, un romancier russe très original. Ces auteurs ont en commun l´idée de l' homme sans Dieu, qui lutte dans un monde qui n´a plus de sens. Ce n´est pas nouveau, Sartre et Camus l´ont fait, mais là on est dans un genre plus contemporain, qui s´affronte à la mondialisation. J´étais à Bucarest la semaine dernière, je suis aujourd´hui à Mexico et je vois partout les mêmes magasins, les mêmes voitures, la même musique. Ces pays pauvres rêvent tous des mêmes choses matérielles, tous veulent ressembler à une pub de Prada (rires). La mondialisation est un sujet intéressant pour un écrivain, elle lui donne l´occasion de sauver les différences entre les pays. LPJ : Votre "auto-fiction" 99 francs a été traduite dans 25 langues. Quelle importance accordez-vous à l´exportation de vos romans ?
FB : La traduction est une trahison, ce qui m´intéresse est de savoir si cette trahison peut m´être agréable. Je peux vérifier moi-même les traductions, mais en anglais seulement. Le succès est un malentendu, alors s´il est traduit il devient un double malentendu. Mais ça me fait plaisir, je trouve ça très amusant. LPJ : Vous étiez publicitaire, vous êtes écrivain, journaliste, chroniqueur, éditeur, vous ne confondez jamais les genres ?
FB : Pour moi, c´est la même passion d´avoir des émotions avec les mots. L´éditeur lit des manuscrits, le critique lit des livres et l´écrivain les écrit. Etre éditeur c´est quand même moins bien que d´être critique, on lit des manuscrits nuls toute la journée. Ecrire c´est luxueux, on est plus libre, on peut écrire ce que l´on a envie de lire. LPJ : Pour les présidentielles de 2002, vous aviez réalisé la campagne de Robert Hue. Etes-vous prêt à remettre ça pour 2007 ?
FB : Un écrivain qui fait de la politique, c´est sûr qu´il va dire des conneries. Ça a été mon cas mais Sartre et bien d´autres l´ont fait avant moi. J´ai toujours eu honte de ce métier (publicitaire, ndlr), c´est une profession minable. Mais j´ai eu le vice de l´écriture avant de rentrer dans la pub et d´y travailler pendant 10 ans. J´ai été déçu par le référendum sur la Constitution européenne. Je m´étais engagé pour le "Oui" : j´ai signé des pétitions, fais des émissions et des réunions au parti socialiste. Chaque fois que j´ai pris une position politique, j´ai été grotesque. Il faut vraiment que j´arrête ! (rires) LPJ : Sur quel livre travaillez-vous en ce moment ?
FB : Je ne fous rien (rires). Je n´ai pas écrit une ligne depuis six mois. Je me repose en buvant de la tequila…
Propos recueillis par Sandrine GOUAILLIER. (LPJ) 26 octobre 2005 Último inventario antes de liquidación, de Frédéric Beigbeder - Ediciones Anagrama (México) |