Le maire d’Athènes, Nikitas Kaklamanis, veut reverdir la ville et se débarrasser des sacs plastiques. Des initiatives louables mais qui sont loin de remédier aux véritables enjeux écologiques de la capitale liés à la gestion des ressources, au traitement des déchets et à la pollution de l’air

Préserver l'environnement de la capitale, tel est le nouvel objectif du maire d'Athènes Nikitas Kaklamanis (LPJ Athènes) Vendredi 11 avril, le quartier d’Elaionas, situé à l’ouest du centre d’Athènes (friche industrielle qui aiguise aujourd’hui les appétits des grands promoteurs immobiliers) a été choisi par la mairie d’Athènes pour lancer une série d’actions visant à améliorer l’environnement naturel en Attique. Trois cent oliviers ont ainsi été plantés par 300 enfants. Hier, lundi 14 avril, le maire Nikitas Kaklamanis a par ailleurs inauguré place Syntagma, la période-pilote de la campagne "Je ne suis pas un sac plastique", une campagne de remplacement des sacs plastiques par des sacs recyclables et amicaux pour l'environnement. La période-pilote durera jusqu'au 1er juin, et un premier bilan sera dressé à partir du 1er septembre.
Dans une ville submergée par les déchets plastiques et qui ne compte que 3% d’espaces verts, ces initiatives sont certes bienvenues. Mais semblent anecdotiques faces aux réels enjeux écologiques que connaît la capitale. Avec 3,5 millions d’habitants, l’agglomération d’Athènes regroupe un tiers de la population totale grecque et concentre près de 50% de l’activité industrielle. Sa situation géographique, une ville encaissée entre les montagnes et la mer, en font l’un des sites les plus pollués au monde. Son tristement célèbre Néfos, ce nuage brunâtre qui surplombe la ville, est une véritable chape de dioxyde de souffre, de monoxyde de carbone, et d’ozone. Cette pollution s’explique par la vétusté des systèmes de chauffage au fioul et surtout par le trafic automobile. Plus de 2 millions de véhicules circulent chaque jour dans la capitale et sont responsables de l'ensemble des émissions de monoxyde de carbone, de 79 % des émissions d'hydrocarbures et de 77 % de celles d'oxydes d'azote. Le 18 janvier 1992, dioxyde d'azote et monoxyde de carbone ont atteint le seuil d'urgence (500 mg/m3 et 25 mg/m3). Des centaines d'habitants ont été hospitalisés pour troubles respiratoires et cardiaques. Suite à cette première alerte grave, les autorités ont mis en place un système de circulation alternée dans le centre de la ville. Les plaques d’immatriculation se terminant par un nombre pair circulent les jours pair et les plaques impaires circulent les jours impairs. Mais au lieu de la diminution du trafic escompté, c’est à une explosion du nombre de véhicules que l’on a assisté. Les Athéniens préférant contourner la loi en possédant 2 voitures avec 2 plaques… l’une se terminant par un chiffre pair, et l’autre par un chiffre impair. Pas bête mais pas très civique. Et pour Daphné Mavrogiorgos de l’ONG Elleni Eteiria, c’est bien là que se situe le problème : "Il faut éduquer les gens aux questions de l’environnement. Partout . Au travail, à l’école… Les grecs restent en grande majorité ignorants des dangers liés à ces problèmes et nous avons un gros gros travail de sensibilisation à mener ". Moderniser le traitement des déchêts Autre enjeu majeur de l’agglomération d’Athènes, la gestion de ses ressources et de ses déchets. La ville a connu dans les années 60/70 une explosion démographique liée à l’exode rural que connaissait alors la Grèce. Et elle continue d’absorber depuis de nouvelles vagues d’arrivants à un rythme plus élevé que les autres capitales européennes. Une telle croissance s’accompagne évidemment de nouveaux besoins en eau potable et de nécessaires aménagements pour traiter eaux usées et déchets solides. Les experts en changement du climat prévoyant d’ici à 2025 une diminution des pluies de 30% par rapport au niveau actuel, il devient urgent pour la capitale de repenser son système d’approvisionnement en eau qui reste très dépendant des réserves du lac de Marathon. Si celles-ci venaient à diminuer, il n’y a pour l’instant guère d’alternative viable prévue. En ce qui concerne le traitement des déchets et notamment sur la question du tri sélectif, Athènes reste à la traîne des capitales européennes qui trient en moyenne 33% de leurs déchets, contre 14% pour Athènes. Et pourtant la Grèce bénéficie d’importants financements de l’Union Européenne en faveur de l’action environnementale. A titre d’exemple, près de 2,5 milliards d’euros ont été transférés de l’Europe à la Grèce entre 2000 et 2006 pour soutenir des réformes environnementales. Une partie de ces fonds ont ainsi été affectés à la construction de lanouvelle unité de traitements des déchets d’Athènes, inaugurée en grande pompe il y a 2 semaines sur l’îlot de Psitalia près de Salamine. Un site certes moins photogénique que 300 visages d’enfants plantant des petits oliviers mais autrement plus stratégique pour le futur de la ville. Adéa GUILLOT. (www.lepetitjournal.com/athenes.html) mardi 15 avril 2008 |