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ROMAN - On apprend quoi quand on est enfant ? Version imprimable Suggérer par mail

Ecrit par Herve HEYRAUD, le 20-10-2005 23:00

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De l’école primaire au collège d’une ZEP de la banlieue lyonnaise, Brigitte Giraud revient sur les années d’enfance fondatrices d’une personnalité adulte. Avec J’apprends, elle livre en finesse, un récit féroce sur l’éducation

"Les adultes sont plus forts, on ne peut pas les affronter de face. J’apprends à contourner, à déplacer, à déjouer. J’apprends que les adultes ne sont pas supérieurs"  (Photo : David Balicki)

Replonger dans les souvenirs d’enfance est un exercice fréquent en littérature, donc périlleux. Entre des mémoires fanstamées et dorées face à d’autres réelles et malheureuses, le regard que porte l’auteur sur les premières années de la vie peut donner des récits d’un profond ennui nostalgique. Pas avec J’apprends qui s’éloigne des données autocentrées.
Petite fille dans une ZEP de la banlieue lyonnaise, Brigitte Giraud s’intéresse aux imbrications entre la vie familiale et l’univers scolaire. En narrant pas à pas des épisodes formidablement ancrés dans la réalité des années 60, elle recrée par la force d’une écriture évocatrice les bruits et les odeurs d’une période sociale que les quadragénaires ont tous connue.
Entre des morceaux d’histoire française, des moments de classe et des reflux d’environnement familial, le récit interroge en réalité la notion d’apprentissage.

Naissance d’une docilité
Brigitte Giraud ne demande pas pourquoi on apprend, mais comment et quoi. La construction culturelle d’une bonne élève ne passe pas par la seule réussite académique. Les matières ou programmes définis par l’Education nationale d’une époque interfèrent, certes, sur la connaissance du monde, mais nettement moins que la dynamique d’un groupe d’écolières guidée par des adultes tout-puissants.
Apprendre à grandir, c’est d’abord mesurer les contradictions entre le foyer familial et la vie à l’extérieur, puis relever les aberrations du système scolaire pour n’avoir pas d’autre choix, à cet âge, que de s’y soumettre. Organisée par des adultes consentants, la scène de l’humiliation publique et répétée de la dernière de la classe est une pure merveille d’observation. À partir de cette scène d’une violence psychologique inouïe, Giraud illustre les traits fondateurs de la docilité -ou de la révolte.
J’apprends est le récit grave et juste, probablement très féminin aussi, du chemin qui forge une personnalité. Bien éloigné de la nostalgie de l’enfance.
Betty RUBY. (LPJ) 21 octobre 2005

J’apprends, Brigitte Giraud, Stock, 157p, 15€


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