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Johanne nous livre, aujourd'hui, une analyse personnelle d'une raison d'expatriation. Elle nous délivrera son avis, chaque vendredi, sur un des secrets qu'elle a su découvrir en Egypte, notre terre d'accueil. "Pourquoi venir en Egypte quand on n'est pas égyptien ?" 
Certains voyaient l'Egypte comme un eldorado, mais la réalité en a été autrement... (photo LPJ)De l'archéologue au romantique mariage d'amour, de l'expatrié brillant ingénieur à l'amoureux du pays, de chatoyantes images permettent de s'imaginer une société étrangère un peu "glamour", heureuse en tout cas, qui évolue avec facilité, soutenue par le taux de change de l'euro ou du dollar, dans un pays où la vie lui est douce. Elle existe, dans une certaine mesure. Mais elle m'a moins touchée que l'autre, la souterraine, celle des exilés économiques. Je les ai appelés comme cela... je ne sais pas si ça leur plairait beaucoup. Et pourtant, j'en ai déjà rencontré pas mal, de ces personnes qui ont vu miroiter un niveau de vie plus accessible, et qui, ne parlant pas l'arabe et ne connaissant pas la société égyptienne, sont l'exemple inversé du rêve américain. Ils sont venus en se disant que vivre ici serait idyllique, qu'ils monteraient une entreprise, qu'ils seraient professeurs même sans diplômes, qu'ils gagneraient assez d'argent. Et maintenant, piégés par des salaires moyens - qui certes représentent bien plus que ce qu'un égyptien de base peut gagner, mais ne leur permettent pas de faire des économies suffisantes - ils restent ici, pauvres riches à la petite semaine. Ma voisine en est un exemple. Forte américaine d'une quarantaine d'année, seule avec trois filles de dix-huit, dix et six ans, elle est venue ici il y a environ un an et demi. Pour monter sa boîte de traduction, un projet qui avait l'air mirifique, et puis, aussi, à demi-mot, pour refaire sa vie. Le projet de boîte a capoté, je ne sais pas trop pourquoi. Alors, elle donne des cours à droite à gauche, et se tue pour faire vivre sa petite famille. Certes, elle pourrait vivre dans un autre quartier, moins cher... Mais peut-elle enlever à ses enfants le seul plaisir qui leur reste : un lieu de vie un peu occidentalisé, qui leur rappelle leur chez-eux? Et puis les endroits où elle donne ses cours sont aussi situés ici... Les petites sont scolarisées à domicile, parce que l'école américaine n'est pas bonne, me dit-elle. Peut-être aussi est-elle trop chère... Je ne les vois pas beaucoup, elles ne sortent guère. C'est la plus grande qui s'en occupe, tout en apprenant sur internet le japonais, le chinois, le coréen. Tout sauf l'arabe qui ne l'attire pas. Et c'est ainsi que, désorientées, déracinées, sans école et avec peu d'amis, trois enfants sur le balcon d'à côté rêvent d'une Amérique idéale dont elles se sont coupées, et qu'elles n'ont pas les moyens de rejoindre sans risque. Exilées économiques. Jo. (www.lepetitjournal.com - Alexandrie) vendredi 18 avril 2008 |