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CINE - Melvil Poupaud, acteur multi casquette Version imprimable Suggérer par mail
vendredi 11 avril 2008
Le Petit Journal.com suit avec toujours autant de curiosité le festival francophone. Encore 3 jours pour en profiter à Athènes et tout le festival migre ensuite vers Thessalonique. Aujourd’hui, rencontre avec l’acteur Melvil Poupaud qui s’est prêté au jeu de l’interview en toute simplicité

Melvil Poupaud et Olivier Peire, directeur de la Quinzaine des realisateurs de Cannes (©Photo: Serge Montval)

Melvil Poupaud, acteur bon client du cinéma d’auteur français, est venu soutenir au Festival Francophone d’Athènes le film de Pascal Thomas, L’Heure zéro, adaptation d’un roman d’Agatha Christie. Il y joue le rôle principal de Guillaume Neuville, un jeune gentleman dont la riche tante a été assassinée dans son lit.
L’occasion pour le jeune réalisateur de présenter par ailleurs au public, et pour la seconde fois seulement après la Quinzaine des réalisateurs de Cannes, son film Melvil, une oeuvre originale et pointue.
Acteur, réalisateur, scénariste et compositeur, le jeune homme a tourné dans une trentaine de films sous la direction de réalisateurs tels que Raoul Ruiz, Eric Rohmer, Jacques Doillon, Benoît Jacquot, James Ivory ou Zoe Cassavetes.
Rendez-vous est pris à l’IFA. C’est un Melvil Poupaud charmant, détendu et vif qui prend le temps de répondre à nos questions en toute simplicité. Il évoque ainsi le métier d’acteur et ses débuts de réalisateur.

LPJ : Parlons d’abord du métier d’acteur. C’est quoi un bon acteur ?
Melvil Poupaud : Ah, un bon acteur, c’est celui qui a la chance de jouer dans des bons films. Il faut être ambitieux et assez égocentrique. Je ne sais pas si t’es acteur avant d’être acteur ou si tu deviens acteur. Je ne sais pas si c’est un tempérament.

Vous venez de réaliser votre premier long métrage. Vous avez désormais la double casquette acteur-réalisateur. Qu’est-ce qui est le plus exigeant ? Et vous donne le plus de satisfaction ?
Moi j’aime bien être acteur parce que j’ai commencé quand j’étais petit et je n’ai pas vraiment galéré. Mais c’est un métier un peu déstabilisant qui peut rendre un peu dingue, un peu angoissant parce qu’on n’est pas vraiment maître de son destin. On est toujours tributaire du dire des autres. Mais en même temps, c’est génial, parce qu’on peut voyager et rencontrer des gens intéressant.
Il faut dire quand même que c’est un métier difficile, surtout à cause des ruptures de rythme. Sur un tournage, c’est très concentré, d’un coup tu dois être à fond pendant ce moment là et même dans la vie, il y a des longues périodes où tu ne fais rien et tout d’un coup tout s’accélère parce que t’as fait un film qui a marché. C’est un peu la panique. Ce qui rend dingue, c’est que tout d’un coup tu passes par plein de phases, tout le monde t’aime bien, tout le monde t’admire, tout le monde veut te parler et après t’as l’impression que plus personne ne veut te faire travailler. T’es jaloux, tu deviens aigri, ou au contraire tu deviens prétentieux.
Quand j’étais petit j’avais peur que Raoul Ruiz ne me reprenne pas dans son prochain film, qu’il choisisse un autre petit garçon. Donc tout de suite, j’ai eu peur en me disant "moi je ne veux pas être acteur". Je me suis toujours protégé en me disant tu ne sais jamais ce qui peut se passer, donc c’est vrai que j’ai pu m’endurcir un peu à ce niveau là.

On se demande toujours s’il est difficile de sortir de son personnage une fois le film terminé...
Ca dépend des rôles. Il y a des rôles, effectivement, qui sont plus marquants, parce que c’est plus une transformation, un peu en profondeur. Il y en a d’autres où c’est plus technique, où c’est juste un costume que t’endosses et après tu joues. Et une fois que c’est coupé, tu rentres chez toi, tu fais ta vie. Mais il y a des films qui sont plus intenses et qui te laissent plus de traces. Il y a même des films dans lesquels tu aimerais rester un peu plus. Il y a des personnages dans lesquels tu rentres et tu aurais envie de continuer à incarner.
Par exemple, il n’y a pas très longtemps, j’ai fait un film Un homme perdu, de Danielle Arbid, qui s’est tourné au Liban et mon personnage était inspiré d’Antoine d’Agatha, un photographe français que j’admire beaucoup. J’aimais beaucoup le rôle et c’est vrai que quand on a fini le tournage, on m’a proposé un autre film où j’avais tout à fait un autre rôle et je me disais : merde je serais bien resté un peu plus longtemps dans le personnage de l’autre film. Mais, en même temps, c’est cool aussi de ne pas s’accrocher, je ne suis pas Johnny Weissmuller qui se prenait à la fin pour Tarzan.

Avec quel genre de metteur en scène aimez-vous travailler ?
Ceux qui sont inspirés et talentueux. Comme la fille qui a fait Un homme perdu, Danielle Arbid, qui est vraiment très forte. Là, j’ai fait un film avec Arnaud Desplechin qui est aussi un grand metteur en scène. J’étais très impressionné. Ce qui est bien, c’est que quand tu joues dans un film comme ça, tu sais que le film ira à son maximum et que ton travail d’acteur sera magnifié, pris en charge sur le long terme. Enfin, au montage tout sera fait pour que ton personnage soit le plus attachant. C’est difficile pour moi de faire un film où je me dis "qu’est-ce que je fous là ?". Je n’arrive pas à me motiver, mon travail même d’acteur, mon personnage n’est pas une motivation suffisante pour me satisfaire.

Votre premier long métrage est sorti. Comment décririez-vous votre film ?
C’est la continuité d’autres films que j’ai fait quand j’étais plus petit et c’est un des segments de tous ces films. Et c’est le segment où le personnage s’émancipe, je dirais. Il n’y a aucun message dans mon film. J’étais évidemment déjà très content qu’il soit projeté à Cannes. Mais je n’ai pas de message dans le sens où je ne prémédite pas les films quand je les tourne. D’ailleurs, je n’ai aucun but commercial.

Mais, alors, quelle était votre intention avec ce film ?
L’intention de faire un film qui soit projeté sur grand écran. Depuis que je suis tout petit, tout seul, ça m’amuse de tourner avec ma petite caméra, de faire des choses qui pourraient ressembler à des films, alors que ça ne peut pas vraiment ressembler à un film, parce qu’ il n’y a aucune technique. C’est une pratique qui est très loin du cinéma classique. Aussi, le rapport à l’intimité me paraissait un peu démesurée dans une audience de cinéma classique. C’est plus une espèce de surprise, d’étonnement, de perplexité qui m’intéresse de saisir. Dans Melvil j’avais envie de faire un film, pour une fois, qui soit plus esthétique.

Et quels sont vos projets?
J’ai commencé à essayer d’écrire pour une fois un scénario, une espèce de voyage, mais je ne sais pas si ça ira jusqu’au bout.

En dehors du festival, des envies pendant votre séjour à Athènes ?
Je n’ai malheureusement pas beaucoup de temps pour visiter la ville mais j’ai prévu d’aller déjeuner au Pirée et s’il reste assez de temps d’aller à l’Acropole.
Propos recueillis par Anouck Baudoin (www.lepetitjournal.com/athenes.html) vendredi 11 avril 2008
 
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