Le débat sur la hausse des prix et le pouvoir d’achat occupe beaucoup la classe politique grecque ces derniers mois. Ce sujet agite l'ensemble de la zone euro. Certains revendiquent une hausse salariale généralisée, et font craindre une spirale inflation-salaires
Le ministre grec du Développement, Christos Folias, a annoncé le mois dernier 49 mesures pour lutter contre la vie chère, élaborées en collaboration avec les ministères compétents et les préfectures. Parmi ces mesures, M. Folias a insisté sur la publication d'une ''liste noire'' d'entreprises mises à l'index pour avoir augmenté excessivement les prix des produits ou services offerts. Autre mesures, la constitution d'un organisme unique de contrôle des prix dans le domaine commercial, le renforcement du rôle de la Commission de la concurrence, et enfin la mise en place dans un futur proche d'un Observatoire des prix, chargé notamment d'informer les consommateurs et d'établir un ''prix indicatif''. M. Folias a également mentionné que les sanctions contre les contrevenants seront plus sévères, et afin de pouvoir davantage contrôler les professionnels, le ministère demande que les étiquettes de prix soient de nouveau collées sur chaque produit et impose l'usage de chèques barrés pour toute transaction de plus de 1.000 euros entre producteurs et grossistes.
Réactions Les réactions des partis d’opposition ont toutes soulignées le manque de vision globale derrière ces annonces. Le responsable du PASOK pour les Affaires économiques, Michalis Chryssochoïdis, a ainsi rappelé que la priorité de lutte contre la vie chère devrait avant tout être "la dislocation des cartels dans l'alimentaire, le marché pétrolier, les produits pharmaceutiques". Le KKE a quand à lui affirmé que ''si le gouvernement avait l'intention de lutter contre la cherté de la vie, il devrait supprimer la TVA et, plus généralement, toute fiscalité indirecte sur les produits de consommation courante, et décider des augmentations de salaires et retraites décentes''.
Un problème européen Et c’est bien sur ces dernières revendications que le débat grec fait écho à celui qui agite l’ensemble de l’Europe. La hausse des prix a battu en mars un nouveau record au sein de la zone euro, à 3,5 % sur un an, selon les données provisoires d'Eurostat. A l’origine de cette envolée des prix, deux grandes causes principales : la progression du pétrole et celle des produits alimentaires."Les changements substantiels dans les prix relatifs, causés par le changement climatique et les tensions sur les marchés des ressources naturelles vont (...) engendrer des défis conséquents pour la plupart de économies de l'Union", estime le commissaire responsable des affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia (selon des propos recueillis par nos confrêres du monde) : "Nous parvenons, peut-être, à la fin d'une période de modération fantastique (des prix) qui nous a assuré croissance et stabilité pendant plus de vingt ans".
Cette hausse des prix, si elle ne s’accompagne pas de revalorisations des salaires, entraîne forcément une perte du pouvoir d’achat perceptible. Très à leur place, les partis de gauche européens actuellement dans l’opposition, se positionnent souvent pour la hausse importante des salaires exigée par les salariés ; alors que les partis au pouvoir restent très frileux. Inquiets de voir ces augmentations entraîner une spirale inflationniste si les entreprises répercutaient ces surcoûts sur leurs produits et leurs services. Un argument aujourd’hui défendu par les dirigeants européens et notamment par le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, qui appelle les états membres à la plus grande modération dans leurs politiques salariales. Un conseil visiblement bien compris par la Grèce qui vient de revaloriser les salaires de la fonction publique de 4,5%. Le salaire de base des fonctionnaires passant, quel effort, de 651 à… 711 euros ! Adéa GUILLOT. (www.lepetitjournal.com/athenes.html) jeudi 10 avril 2008